Les constats de nos associations

 

 

 

La surpopulation carcérale affecte en profondeur la vie des établissements, le comportement des détenus et le travail du personnel pénitentiaire et des intervenants extérieurs.

 

1- SUR LE PLAN PERSONNEL

 

« Plus l’homme est bousillé, plus il est dangereux ». Celui qui passe 23h sur 24 dans une cellule, dans des conditions de promiscuité, d’hygiène, d’accès à la culture et au travail parfois limité en subit personnellement les conséquences, au-delà de ce que la loi prévoit (cf. la citation de V. Giscard d’Estaing «  La peine de prison c’est la privation d’aller et venir, et ça ne doit être que ça »).

Du fait de la surpopulation, les hommes connaissent aussi la « valse des transferts » pour désengorger certains établissements. Cela déstabilise, surtout lorsque le paquetage ne suit pas et qu’il faut  tout racheter – au prix fort de la cantine – dans la nouvelle prison.

Ainsi précarisé, la personne se retrouve sans occupation et sans projet ; une survie interne se met en place selon les règles fixées par les plus fortunés et influents : « si tu n’as pas l’argent pour payer ta part de location de télévision, c’est toi qui feras le ménage de la cellule », sans parler d’autres « services » moins avouables demandés comme contrepartie.

Plus encore que la société de l’extérieur, la prison affaiblit les faibles.

 

2- SUR LE PLAN FAMILIAL

 

L’accroissement du flux pénal entraîne mécaniquement des conséquences :

w   Les rendez-vous au parloir sont plus difficiles à obtenir, leur fréquence peut diminuer selon les établissements, l’attente et les vérifications sont plus longues. Cela peut décourager les familles alors que l’on sait que le maintien du lien familial est un des leviers de la réinsertion à la sortie.

 

w   Une publicité médiatique a été faite autour de l’ouverture de la première UEVF (Unité Expérimentale de Vie Familiale). Elle s’est ouverte à Rennes en septembre dernier et ne concerne que les femmes.

Depuis le 1er projet Badinter de visite carcérale en famille et en privé, il aura fallu attendre 18 ans, alors que cette possibilité existe depuis plusieurs années ailleurs en Europe. L’administration pénitentiaire française traîne les pieds, et il n’est peut-être pas anodin que l’on ait rajouté que ces unités étaient « expérimentales ».

 

3- SUR LE PLAN DES PERSPECTIVES DE REINSERTION

 

La justice française ne se préoccupe guère de l’exécution des peines. Nos magistrats n’ont pas encore pris conscience du fait qu’une libération sèche, non préparée, peut être lourde de conséquences. Le meilleur moyen d’éviter la récidive est de prévoir des sas entre la prison et l’extérieur et des étapes au cours de l’incarcération (notion de CPES / voir Farapej).

En France rappelle Pierre Tournier, directeur de recherche au CNRS, Centre d’histoire sociale du XXè s, Univ. Paris I, « 80 % des condamnés libérés n’ont bénéficié ni d’une libération conditionnelle, ni d’un placement à l’extérieur, ni d’une semi-liberté ».

 

La mission que la société assigne à la prison n’est pas remplie dans la mesure où elle fonctionne comme une école de la récidive ; nos réseaux travaillant en détention et à l’extérieur croisent encore trop souvent les mêmes personnes derrière les barreaux, preuve de l’échec, voire de l’absence d’une véritable politique de réinsertion. Comment un travailleur social qui gère jusqu’à 150 dossiers à lui tout seul pourrait-il sérieusement assurer un accompagnement social individualisé, qui serait, d’autant plus nécessaire que la personne a accumulé les échecs et les exclusions ? Comment préparer la réinsertion d’étrangers n’ayant pas le droit de travailler, de malades mentaux dont certains (et nous en connaissons) ne verront pas de psychiatre pendant toute la durée de leur détention, de personnes âgées ayant subi une longue peine dont elles ressortent affaiblies sur tous les plans et infantilisées ?

On pourrait également parler du gel d’une partie des crédits de la formation.

Dernière modification : 01/01/2004