Rapport Burgelin juillet 05 "...Prévention de la récidive"

1
Santé, justice et dangerosités :
pour une meilleure prévention de la récidive
Rapport de la commission Santé-Justice
JUILLET 2005
MINISTERE DE LA JUSTICE
MINISTERE DES SOLIDARITES, DE LA SANTE ET DE LA FAMILLE
2
- Plan -
INTRODUCTION.................................................................................................................................... 4
I – L’ÉVALUATION DE LA DANGEROSITÉ DES AUTEURS D’INFRACTIONS ............................... 13
A – LE RENFORCEMENT DES OUTILS PROPRES AUX CHAMPS JUDICIAIRE ET SANITAIRE............................. 14
1 – L’outil statistique...................................................................................................................... 14
2 – La recherche ............................................................................................................................ 17
a – La recherche en matière de dangerosité criminologique ..................................................... 17
b – La recherche en matière de dangerosité psychiatrique ....................................................... 21
3 – La formation en matière de dangerosité psychiatrique ............................................................ 22
B – L’AMÉLIORATION DES EXPERTISES PSYCHIATRIQUES ET PSYCHOLOGIQUES ....................................... 23
1 – Les experts psychiatres et psychologues ................................................................................ 23
a – Les difficultés actuelles......................................................................................................... 23
b – Les propositions de la commission....................................................................................... 26
2 – Les expertises psychiatriques et psychologiques .................................................................... 27
a – L’opportunité du recours aux expertises psychiatriques et psychologiques ........................ 27
b – Le contenu des expertises psychiatriques et psychologiques ............................................. 28
C – LE DÉVELOPPEMENT DE LA PSYCHO-CRIMINOLOGIE ......................................................................... 32
1 – L’élaboration d’une recherche en matière psycho-criminologique........................................... 32
2 – Le développement des formations communes en matière psycho-criminologique................. 33
3 – La création d’un centre de documentation psycho-criminologique.......................................... 34
4 – L’instauration d’équipes ressources interrégionales ................................................................ 35
II – LA PRISE EN COMPTE DE LA DANGEROSITÉ DANS LE TRAITEMENT JUDICIAIRE ET
MÉDICAL DES AUTEURS D’INFRACTIONS...................................................................................... 37
A – LA PRISE EN COMPTE DE LA DANGEROSITÉ AU MOMENT DE L’EXAMEN DE LA DÉCLARATION
D’IRRESPONSABILITÉ PÉNALE POUR TROUBLES MENTAUX ET DE SES SUITES ............................................ 38
1 – L’article 122-1, alinéa 1, du code pénal ................................................................................... 39
a – L’état du droit ........................................................................................................................ 39
b – Les limites du dispositif législatif actuel................................................................................ 40
c – L’instauration d’une audience ad hoc sur l’imputabilité des faits devant une chambre
spécialisée du tribunal de grande instance ................................................................................ 41
2 – L’hospitalisation d’office des personnes déclarées pénalement irresponsables pour troubles
mentaux......................................................................................................................................... 43
a – La procédure........................................................................................................................ 43
b – Les limites du dispositif actuel .............................................................................................. 44
c – Les propositions de la commission....................................................................................... 45
3
B – LA PRISE EN COMPTE DE LA DANGEROSITÉ AU MOMENT DU CHOIX, DE L’EXÉCUTION ET DE
L’AMÉNAGEMENT DE LA PEINE ............................................................................................................... 48
1 – La prise en compte de la dangerosité au moment du choix de la peine.................................. 48
a – Une meilleure intégration de l’atténuation de la responsabilité pénale pour troubles mentaux
dans le prononcé de la peine ..................................................................................................... 49
b – La nécessité d’un avis médical préalable à l’exécution d’un sursis avec mise à l'épreuve
portant obligation de soins.......................................................................................................... 51
c – L’élargissement du champ d’application de la peine de suivi socio-judiciaire...................... 53
2 – La prise en compte de la dangerosité au moment de l’exécution de la peine......................... 59
a – En milieu ouvert.................................................................................................................... 60
b – En milieu fermé..................................................................................................................... 62
3 – La prise en compte de la dangerosité au moment de l’aménagement de la peine ................. 66
a – L’état du droit ........................................................................................................................ 66
b – Individualisation des peines privatives de liberté et prévention de la récidive ..................... 69
c – Les propositions de la commission....................................................................................... 69
C – LA PRISE EN COMPTE DE LA DANGEROSITÉ PAR UN SUIVI POSTÉRIEUR À L’EXÉCUTION DE LA PEINE..... 70
1 – Les mesures de sûreté en milieu ouvert .................................................................................. 71
a – Le placement sous surveillance électronique à titre de mesure de sûreté .......................... 71
b – Un suivi de protection sociale............................................................................................... 74
2 – Une mesure de sûreté en milieu fermé : la création de centres fermés de protection sociale 75
a – L’exemple des pays étrangers.............................................................................................. 76
b – La proposition de la commission .......................................................................................... 76
CONCLUSION : ................................................................................................................................... 80
RÉCAPITULATIF DES PROPOSITIONS DE LA COMMISSION ........................................................ 81
ANNEXES ............................................................................................................................................ 87
4
- Rapport -
Introduction
L’année 2004 a été marquée par la commission de crimes particulièrement graves,
perpétrés par des personnes qui, par le passé, avaient déjà eu affaire à la justice et
été prises en charge par la psychiatrie. Nos concitoyens s’en sont d’autant plus émus
que ces événements se sont inscrits dans le contexte d’une société de plus en plus
avide de sécurité et qui, par refus de l’aléa et du risque, se caractérise par la
recherche constante d’un coupable, personne physique ou institution, susceptible
d’endosser la responsabilité des faits commis.
L’opinion publique a ainsi été amenée à se demander pourquoi des personnes, dont
la dangerosité apparaissait manifeste, avaient été laissées ou remises en liberté par
les autorités administrative et judiciaire, et pour quelle raison leur suivi médical avait
été interrompu.
Par lettre du 22 juillet 2004, le ministre de la Justice et le ministre des Solidarités, de
la Santé et de la Famille ont confié à une commission Santé-Justice le soin d’étudier
les voies d’amélioration de la prise en charge médico-judiciaire des auteurs
d’infractions qui sont atteints de troubles mentaux* ou qui présentent un profil
dangereux, et de réfléchir au suivi des personnes qui, ayant fait l’objet d’une
condamnation* pénale, nécessitent un suivi psychiatrique, en particulier lors de leur
détention.
Cette commission était composée de préfets, de magistrats, de médecins –
psychiatres et urgentiste – d’un avocat, de parlementaires, d’une directrice
d’établissement pénitentiaire* et d’un représentant du ministère de l’Intérieur1. Le
directeur des affaires criminelles et des grâces2 et le directeur général de la santé3
ont assumé les fonctions de rapporteurs.
1 Direction des libertés publiques et des affaires juridiques.
2 Ministère de la Justice.
3 Ministère des Solidarités, de la Santé et de la Famille, ci-après dénommé « ministère de la Santé ».
5
Il a été procédé à l’audition de personnalités qualifiées et à l’étude d’une importante
documentation. En raison de la pluridisciplinarité de la commission, les débats furent
d’un grand intérêt, reflétant les différentes approches que l’on peut avoir de la justice,
de la santé publique et du milieu carcéral.
Certes, des difficultés de communication ont pu apparaître, en particulier dans
l’emploi de termes techniques, problème qu’il ne semble pas inutile de relever, car il
contribue trop souvent à alimenter les malentendus existant entre les professionnels
de la médecine et de la justice, les médias et l’opinion publique.
C’est donc avec le constant souci d’allier l’exactitude des mots et la clarté de
l’expression à la rigueur de la pensée qu’a été rédigé le présent rapport. Il a été tenu
compte à la fois de l’extrême sensibilité de nos concitoyens à l’égard du sujet traité et
de la volonté légitime des acteurs de la vie sanitaire et judiciaire d’éviter les mises en
cause infondées et les amalgames trompeurs, notamment quant à la notion de
trouble mental.
*
En effet, il importe de ne pas confondre les différents troubles qui peuvent affecter
une personne et de bien distinguer, d’une part, les troubles mentaux liés à une
pathologie mentale avérée et, d’autre part, les troubles de la personnalité* et du
comportement*, ces derniers n’étant pas tous du ressort de la psychiatrie.
Les troubles mentaux constituent des manifestations psychopathologiques,
s’organisant le plus souvent en maladie psychiatrique aiguë ou chronique, et
s'exprimant dans la sphère intellectuelle, affective et/ou comportementale. Ils
relèvent de soins psychiatriques codifiés.
Les troubles de la personnalité correspondent, quant à eux, à des traits de
personnalité rigides, inadaptés et responsables d'une altération plus ou moins sévère
des relations sociales et professionnelles. Ces troubles peuvent être aigus,
transitoires et réactionnels à une situation de conflit ou de contrainte ; ils peuvent
6
aussi être permanents s’ils traduisent une organisation psychique particulière,
caractéristique des personnalités pathologiques.
Enfin, les troubles du comportement peuvent constituer l'expression
comportementale, soit d'un trouble ou d'une maladie psychiatrique, soit d'un trouble
de la personnalité. Habituellement, cette terminologie est employée pour désigner un
trouble aigu ou, le plus souvent, permanent, de la personnalité.
*
La question de la prévalence de l’ensemble de ces troubles dans la population
carcérale est hautement symbolique et propice à toutes les interprétations. Il apparaît
essentiel de disposer sur ce sujet de données scientifiques incontestées.
Selon certains observateurs, le très grand nombre de détenus* souffrant de troubles
mentaux* montre la faillite ou les limites, tant du régime légal actuel de
l’irresponsabilité pénale* fondée sur des troubles de cette nature, que du système de
soins psychiatriques français.
D’autres en déduisent également que la prison remplit de nouveau la fonction asilaire
à laquelle les réformes médico-légales du XIXème siècle avaient voulu mettre un
terme.
Divers professionnels considèrent au contraire qu’il conviendrait de limiter au
maximum les aménagements de peine*, et notamment les libérations
conditionnelles, afin de mieux protéger la société d’individus considérés comme
« mentalement dangereux ».
Plusieurs études ont été menées par les ministères de la Justice et de la Santé pour
évaluer la proportion de personnes incarcérées souffrant de troubles mentaux et
pour identifier les pathologies concernées.
7
Dans un rapport relatif à l’organisation des soins aux détenus, daté de juin 20014, les
inspections générales des services judiciaires et des affaires sociales ont constaté
qu’aux termes d’une enquête réalisée en 1997 sur la santé des « entrants en
prison »5, 8,6% des hommes et 13% des femmes incarcérés étaient déjà
régulièrement pris en charge par un service psychiatrique. 18,6% de ces mêmes
entrants suivaient un traitement médicamenteux psychotrope6. En additionnant le
nombre des malades anciennement suivis et nouvellement diagnostiqués, le
pourcentage des sujets présentant à l’entrée des troubles mentaux était compris,
chez les hommes, entre 14% et 25%, cette proportion pouvant atteindre 30% chez
les femmes.
Une nouvelle étude épidémiologique sur la santé mentale des détenus en France
menée auprès de 998 personnes, a été confiée en 2003 par les ministères de la
Justice et de la Santé à une société indépendante. Les premiers résultats,
communiqués au mois de décembre 2004, ont confirmé le caractère préoccupant de
la situation.
Il ressort de cette analyse que plus d’un tiers des personnes détenues interrogées a
consulté préalablement à son incarcération un psychologue, un psychiatre ou un
médecin généraliste pour un motif psychiatrique. Parmi eux, 69,9% ont bénéficié d’un
suivi psychiatrique ou psychologique régulier et 16% ont déjà été hospitalisés pour
des raisons psychiatriques. Une estimation de la prévalence des troubles mentaux
dans la population carcérale métropolitaine aboutit à constater qu’environ 14% des
détenus souffrent de schizophrénie* ou de troubles psychotiques chroniques non
schizophréniques. Par ailleurs, près d’un tiers des hommes rencontrés présenterait
un trouble de la personnalité* de type psychopathique qui serait, pour la moitié
d’entre eux, qualifié de moyen ou sévère7. 35% des détenus interrogés ont été
4 Inspection générale des services judiciaires/Inspection générale des affaires sociales, L’organisation
des soins aux détenus – rapport d’évaluation, ministère de la Justice/ministère de l’Emploi et de la
Solidarité, juin 2001 (voir infra I-A-1, pp. 14 et s.).
5 Une nouvelle enquête en la matière a été réalisée en 2003 (Direction de la recherche, de
l’évaluation, des études et des statistiques du ministère chargé de la Santé, La santé des personnes
entrées en prison en 2003, Etudes et Résultats n°386, mars 2005).
6 Produits de substitution non inclus.
7 Il convient de noter que ces données correspondent à des taux moyens calculés à l’échelle
nationale. On observe ainsi une concentration de ces difficultés en certains lieux, en particulier dans
les maisons centrales (55% des détenus en maison centrale présenteraient un trouble d’ordre
psychotique).
8
considérés comme « manifestement ou gravement malades » et un entretien sur cinq
a débouché sur une procédure de signalement auprès de l’équipe soignante.
Il importe de préciser que, l’exploitation des résultats n’étant pas achevée, ces
données sont encore provisoires, et devront être mises en perspective avec d’autres
études8.
*
En dépit des analyses précitées, tous les psychiatres auditionnés par la commission
se sont montré sceptiques quant à l’existence d’une corrélation entre criminalité et
troubles mentaux.
Ainsi, selon l’étude de M. HÄFNER et M. BÖDER9, « le risque de passage à l’acte
violent est sensiblement identique dans la population présentant une maladie
mentale et dans la population générale : les actes imputables aux personnes
souffrant de ces troubles représentant 3% des actes violents et 5,6% des
(homicides) »10. Il ressort de nombreux travaux internationaux qu’il faut en outre
pondérer ces chiffres en prenant en considération les éléments de désocialisation et
de précarisation, qui multiplient par plus de 10 le risque de passage à l’acte violent11.
De fait, dans une étude publiée en 2004, Sheilagh HODGINS12 démontre que la
violence des individus présentant une schizophrénie dépend en réalité de plusieurs
paramètres : la prise d’alcool, la consommation de drogues, les troubles de la
personnalité de type psychopathique et, surtout, la rupture dans la prise en charge
8 Voir, par exemple, Magali COLDEFY, Patricia FAURE et Nathalie PRIETO, La santé mentale et le
suivi psychiatrique des détenus accueillis par les services médico-psychologiques régionaux, Etudes
et Résultats n°181, juillet 2002 – Direction de la recherche, de l’évaluation, des études et des
statistiques (DREES) du ministère de la santé ; Seena FAZEL et John DANESH, Three serious
mental disorder in 23.000 prisoners: a sytematic review of 62 surveys, The Lancet, February 16, 2002,
p. 545.
9 H.HAFNER et W. BODER, Crimes of violence by mentally ill offenders, Cambridge – University
press,1982.
10 Jean-Louis SENON, Soins ambulatoires sous contrainte : une mise en place indispensable pour
préserver une psychiatrie publique moderne, Congrès de l’information psychiatrique, 1er octobre 2004.
11 Ibid.
12 Sheilagh HODGINS, Micheline LAPALME, Jean TOUPIN, Criminal activities and substance use of
patients with major affective disorders and schizophrenia: a two-year follow-up, Journal of affective
disorders, n°55, 1999.
9
avec arrêt du traitement. Une revue de la littérature13 rappelle également que l’abus
de substances et les antécédents de violence, que cette dernière ait été commise ou
subie, constituent un des facteurs prépondérants14 de passage à l’acte criminel, que
la personne soit, ou non, atteinte de schizophrénie.
La société, largement influencée par le discours médiatique, associe donc à tort la
folie des actes criminels particulièrement graves à celle de leur auteur, et a de ces
derniers une représentation qui repose sur des présupposés aussi partiels que
contestables.
Ainsi, l’opinion publique omet que les personnes atteintes de troubles mentaux sont
aussi des sujets vulnérables, victimes d’autrui, qui ont besoin d’être protégés et
accompagnés. En outre, aucun des individus mis en cause dans les affaires
récemment divulguées par la presse n’a été considéré comme souffrant de troubles
tels qu’ils auraient aboli son discernement au moment des faits.
Constatant que tous les délinquants et criminels souffrant de troubles mentaux ne
présentent pas un état dangereux et, qu’inversement, tous les individus dangereux
ne sont pas atteints de maux de cette nature, il a donc paru opportun à la
commission de réfléchir de manière approfondie au concept de dangerosité des
auteurs d’infraction.
En effet, « la notion de dangerosité occupe à l’heure actuelle un rôle prépondérant
en matière de justice pénale au point de constituer l’un des critères sur lesquels les
magistrats, voire les autorités administratives, fondent leurs décisions portant sur la
privation de liberté »15.
Aussi relative que plurielle, cette notion est complexe.
13 Elisabeth WALSH, A. BUCHANAN et Thomas FAHY, Violence and schizophrenia : examining the
evidence, British J Psychiatry, 2002.
14 Si le rôle crucial joué par la consommation d’alcools et de toxiques dans le passage à l’acte n'est
pas nouveau, il doit néanmoins être rappelé et faire l'objet d'actions de prévention (II-Introduction, pp.
37-38), comme d'évaluations individuelles lors des suivis judiciaires, sociaux, médicaux et
psychologiques.
15 Dominique GIOVANNANGELLI, Jean-Philippe CORNET, Christian MORMONT, Etude comparative
dans les 15 pays de l’Union européenne : les méthodes et les techniques d’évaluation de la
dangerosité et du risque de récidive des personnes présumées ou avérées délinquants sexuels,
Programme STOP de la commission européenne, Université de Liège, septembre 2000.
10
D’une part, elle repose sur un système de valeurs et de normes s’inscrivant dans une
société déterminée, et donc variable dans le temps, comme dans l’espace. En outre,
l’état de dangerosité d’un même individu ne présente pas nécessairement un
caractère permanent et linéaire, mais peut au contraire être transitoire, s’atténuer,
voire disparaître ou croître.
D’autre part, la dangerosité d’une personne revêt différentes formes : elle peut être
d’ordre criminologique et/ou psychiatrique.
Dans son acception criminologique, la dangerosité peut se définir comme « un
phénomène psychosocial caractérisé par les indices révélateurs de la grande
probabilité de commettre une infraction contre les personnes ou les biens »16.
L’évaluation de l’état dangereux se confond alors avec le pronostic de la réitération*
et de la récidive*.
Plus précisément, il importe de ne pas confondre la dangerosité en milieu ouvert et
en milieu fermé. Ainsi, la bonne adaptation à l’univers carcéral ne saurait être
systématiquement considérée comme le gage d’une absence de dangerosité en
milieu libre. De fait, des détenus présentant un pronostic élevé de récidive, comme
ceux condamnés pour des infractions à caractère sexuel, peuvent avoir un bon
comportement en prison sur le plan de la discipline ; inversement, la réaction à
l’emprisonnement peut se traduire chez certaines personnes par un rejet des règles
et de la hiérarchie pénitentiaires, attitude qui, pour autant, n’est pas forcément le
signe d’une dangerosité criminologique en milieu ouvert.
La dangerosité psychiatrique, quant à elle, se définit comme un risque de passage à
l’acte principalement lié à un trouble mental, et notamment au mécanisme et à la
thématique de l’activité délirante.
Ce concept s’est vu conférer une place importante dans l’histoire de la psychiatrie
par deux lois essentielles. La première, du 12 février 1810, fondatrice du code pénal,
16 Définition de Christian DEBUYST, issue du IIème cours international de criminologie de Paris en
1953, in Rapport d’information Assemblée nationale, n°1718, du 7 juillet 2004, sur le traitement de la
récidive des infractions pénales, p. 45.
11
a situé la personne atteinte de troubles mentaux en dehors de la sphère judiciaire en
introduisant la notion de libre arbitre dans le droit français17. « C’est dans cette
extériorité que la psychiatrie va trouver son champ d’existence et fonder
officiellement et publiquement son savoir »18. La seconde loi, du 30 juin 1838, a
adjoint aux objectifs premiers de soigner par l’hospitalisation et de prévenir toute
détention arbitraire, la préoccupation de protéger l’ordre public. Certains
établissements hospitaliers spécialisés ont ainsi reçu du législateur de l’époque la
mission d’accueillir les patients ayant fait l’objet d’une hospitalisation d’office
ordonnée par le préfet19, et dont « l’état d’aliénation compromettrait l’ordre public ou
la sûreté des personnes »20.
La complexité de la notion de dangerosité psychiatrique trouve une illustration dans
l’oscillation constante entre deux conceptions, l’une consistant à considérer
l’agression comme la possible traduction d’un trouble mental et l’autre visant à
reconnaître également le rôle important joué par les facteurs environnementaux.
Le plus souvent, la dangerosité psychiatrique peut être suspendue par les
thérapeutiques médicamenteuses et psychologiques, ainsi que par un suivi régulier.
Ce constat va à l’encontre de la représentation que l’on se fait couramment des
« malades mentaux » ou des « fous », dont il ressort qu’ils ne pourraient être guéris
et présenteraient toujours une propension à la violence21.
Cette représentation erronée est d’ailleurs source d’exclusion pour les personnes
atteintes de troubles mentaux et, par conséquent, tend à retarder leur recours aux
soins. De surcroît, elle méconnaît la multiplicité des facteurs de la dangerosité, qui
peuvent être à la fois individuels, situationnels et victimologiques22.
17 Article 64 de l’ancien code pénal.
18 Jean-Luc SENNINGER et Vincent FONTAA, Les unités pour malades difficiles, Observatoire de la
violence psychiatrique, Editions Heures de France, 1994 ; Louis ROURE et Philippe DUIZABO,
Violence, Agressivité, état dangereux, In Louis ROURE, Philippe DUIZABO, Les comportements
violents et dangereux, Masson, Paris, 2003, pp. 11-35.
19 A Paris, cette compétence est dévolue au préfet de police.
20 Article L.343 du code de la santé publique tel qu’issu de la rédaction de la loi du 30 juin 1838.
21 Marie ANGUIS, avec la collaboration de Jean-Luc ROELANDT et d’Aude CARIA, La perception des
problèmes de santé mentale (…), Etudes et résultats n°116, mai 2001 – DREES.
22 Infra Introduction, pp. 4 et s..
12
Au terme de ces observations liminaires, la commission s’est attachée à étudier les
modalités d’une évaluation de la dangerosité (I), afin de mieux prendre en compte
cette dernière dans le traitement judiciaire et médical des auteurs d’infractions (II)23.
23 Il convient de préciser à ce stade que la commission a choisi de ne pas analyser le cas particulier
des mineurs auteurs d’infractions, compte tenu de la très grande spécificité de leur problématique et
de l’ampleur de la thématique à aborder.
13
I – L’évaluation de la dangerosité des auteurs d’infractions
A l’hétérogénéité de la notion même de dangerosité24, exposée en introduction, fait
écho la complexité de l’évaluation de cette dernière.
Cet exercice nécessite en effet la prise en compte de nombreux éléments : les
circonstances du passage à l’acte, la nature de l’infraction commise, les addictions
éventuelles (facteurs situationnels), mais aussi les éventuelles psychopathologies et
la personnalité de l’auteur, son environnement social et familial, l’impact de la
sanction sur son comportement, l’état de réitération* ou de récidive* (facteurs
individuels), ou bien encore son attitude à l’égard de la victime et ses liens avec
celle-ci (facteurs victimologiques).
La pluralité de ces éléments suppose donc des outils diversifiés d’évaluation. En
outre, cette dernière doit non seulement s’intéresser à la situation présente, mais
aussi future, de l’intéressé, ce qui suppose le développement d’outils prédictifs du
passage à l’acte délictueux ou criminel.
Or, « les prévisions les plus sérieuses sur l’état dangereux occasionnel ou
permanent laissent obligatoirement une place à l’imprévisible en matière d’activité
humaine et de circonstances »25. De fait, les études internationales26 sur la récidive
des criminels atteints de troubles mentaux* et les auteurs d’infractions à caractère
sexuel font apparaître une forte proportion d’individus dont la dangerosité a été
surestimée (faux diagnostics positifs)27 ou sous-estimée (faux diagnostics négatifs),
ces derniers étant proportionnellement moins nombreux.
24 Dans un souci d’allègement du style, le rapport évoquera ci-après le concept de dangerosité au
singulier, en précisant, lorsqu’il est question d’une dangerosité spécifique, si cette dernière est d’ordre
psychiatrique ou criminologique.
25 Christiane de BEAUREPAIRE, Michel BENEZECH et Christian KOTTLER (sous la direction de),
Les dangerosités : de la criminologie à la psychopathologie, entre justice et psychiatrie, éd. John
Libbey Eurotext, 2004.
26 John MONAHAN, Henri STEADMAN, Paul APPELBAUM and al., Developing a clinically useful
actuarial tool for assessing violence risk, British journal of psychiatry 2000 ; 176 : 312-9. R.
BLACKBURN, Risk assessment and prediction, in James Mc GUIRE, Tom MASON, Aisling O’KANE,
Crime and legal process: a guide for forensic practitioners, ed. Behaviour, New York : John Wilhey
and sons, 2000, pp. 177-204. On notera qu’en France aucune étude de cette nature n’a encore été
réalisée.
27 Etude John MONAHAN, op. cit. : les faux diagnostics positifs sont de l’ordre de 65 à 85%.
14
L’évaluation de la dangerosité constitue donc une tâche ardue à laquelle sont
confrontés l’institution judiciaire, les professionnels de santé, notamment les
psychiatres, comme les personnels pénitentiaires, et ce dans un domaine où la
société ne tolère plus aucune erreur d’appréciation.
Pour autant, il est nécessaire de ne pas laisser l’opinion publique dans l’illusion qu’il
est possible de déterminer avec certitude si un individu est ou non un récidiviste en
puissance. Compte tenu des multiples paramètres à prendre en compte et ainsi que
des événements récents l’ont démontré, il ne peut être mis à la charge des
magistrats ou des professionnels de santé une obligation de résultat. Ceux-ci ne
sauraient être soumis qu’à une obligation de moyens, sous-entendant prudence,
diligence et compétence. Rien de plus. Mais rien de moins non plus.
*
Il ressort des travaux de la commission que l’évaluation de la dangerosité des
auteurs d’infractions nécessite à la fois le renforcement des outils propres aux
champs judiciaire et sanitaire (A), l’amélioration des expertises (B) et le
développement de la psycho-criminologie (C).
A – Le renforcement des outils propres aux champs judiciaire et sanitaire
1 – L’outil statistique
L’absence de données chiffrées significatives rend difficile une appréhension précise
de la proportion, dans la population pénale générale, des auteurs d’infractions
présentant un état dangereux, que ce dernier soit d’ordre criminologique ou lié à un
trouble mental*.
Sur le plan criminologique, il peut tout d’abord être fait référence aux condamnations*
criminelles et correctionnelles.
15
Ainsi, il ressort des chiffres communiqués par le casier judiciaire national que les
infractions en matière sexuelle ont connu un accroissement considérable depuis
vingt ans, les condamnations criminelles passant de 562 en 1984 à 1.687 en 2003
(+200%), et les condamnations correctionnelles de 1.553 à 5.438 (+250%). Le
nombre de personnes condamnées et détenues* pour de tels faits a, quant à lui,
connu une évolution encore plus marquée, passant de 1.118 en 1980 à 8.109 en
2003 (+650%)28.
Une tendance similaire, quoique moins prononcée, a été constatée sur la même
période concernant les condamnations criminelles pour homicides volontaires et
pour violences ayant entraîné la mort sans intention de la donner, les premières
augmentant de près de +40% (de 361 à 504) et les secondes de +25% (de 224 à
280)29. Le nombre de personnes incarcérées pour ces motifs, à la suite d’une
condamnation, s’est également fortement accru, respectivement de +69,5% et de
+230%.
Concernant le recensement des auteurs d’infractions pénales souffrant de troubles
mentaux, la commission a pu réunir des éléments chiffrés sur la population
carcérale, ainsi que sur les classements sans suite* et les ordonnances de non-lieu*
fondés sur l’existence de troubles de cette nature.
Au 1er avril 2005, 59.372 individus étaient détenus dans les établissements
pénitentiaires* français, soit une évolution de +30,7% de cette population depuis
1990 (45.420)30.
Le nombre de classements sans suite motivés, soit par l’état mental déficient, soit
par l’irresponsabilité pénale* pour troubles mentaux de la personne mise en cause, a
quant à lui augmenté entre 1998 et 2003, de +23%31 et +55%32 respectivement. Les
28 Statistiques trimestrielles de la direction de l’administration pénitentiaire – ministère de la Justice
(2004).
29 Voir annexe n°8 – Statistiques : les condamnations criminelles et correctionnelles, p. LXXVII.
30 Ces 62.569 personnes se répartissaient de la manière suivante : 39.856 individus condamnés à une
peine d’emprisonnement ferme (contre 24.840 en 1990, soit +60,5%) et 22.713 placés en détention
provisoire (contre 20.580 en 1990, soit +10,4%).
31 De 4.946 en 1998 à 6.089 en 2003 pour les classements sans suite motivés par l’état déficient du
mis en cause, selon les chiffres issus des « Cadres du parquet » (mars 2005).
16
statistiques antérieures, notamment entre les années 1980 et 1998, ne sont pas
disponibles.
Par ailleurs, sur une plus longue période, il ressort des données tirées du répertoire
de l’instruction33 que la proportion des ordonnances de non-lieu prononcées pour
irresponsabilité pénale due à des troubles mentaux (article 122-1, alinéa 1, du code
pénal) est restée stable par rapport au nombre de personnes mises en examen entre
1987 (0,46%) et 1999 (0,45%). En valeur absolue, une diminution est même
constatée, le nombre d’ordonnances de non-lieu pour irresponsabilité pénale due à
des troubles mentaux étant passé de 444 à 286.
Pour autant, si le nombre d’ordonnances de non-lieu prononcées en application du
premier alinéa de l’article 122-1 du code pénal a régressé de -18% entre 1999 et
2003, passant de 286 à 233, il a en revanche très fortement augmenté (+114%) au
regard du nombre total d’ordonnances de non-lieu (qui a pour sa part chuté de 9.423
à 3.902 dans le même laps de temps, soit une baisse de -58,6 %).
*
L’ensemble de ces statistiques ne suffit pas à évaluer la proportion de la population
pénale pouvant être qualifiée de dangereuse.
En effet, ces données sont parcellaires, le nombre d’acquittements* résultant de
l’abolition du discernement de l’accusé* ne pouvant être estimé, compte tenu de
l’absence de motivation des arrêts des cours d’assises34. De même, les personnes
condamnées, non détenues et souffrant de troubles mentaux ne peuvent pas être
dénombrées.
32 De 2.385 en 1998 à 3.705 en 2003 pour les classements sans suite motivés par l’irresponsabilité
pénale du mis en cause, selon les chiffres issus des « Cadres du parquet » (mars 2005).
33 Direction des affaires criminelles et des grâces, édition 2001.
34 On notera toutefois que certains chiffres, portés à la connaissance de la commission, mais qui n’ont
pu être vérifiés, font état d’une chute spectaculaire du nombre de déclarations d’irresponsabilité
pénale pour troubles mentaux d’auteurs de crimes lors des vingt dernières années (voir, par exemple,
Jean-Jacques HYEST in rapport Sénat, n°449 du 28 juin 2000, sur les conditions de détention dans
les établissements pénitentiaires en France, p. 41 : « Le nombre d’accusés jugés irresponsables au
moment des faits est passé de 17% au début des années 80 à 0,17% pour l’année 1997 »).
17
En outre, même des statistiques affinées sur ces points s’avèreraient peu
exploitables, les individus atteints de troubles mentaux ne pouvant être
systématiquement assimilés à des personnes dangereuses35.
Surtout, ces chiffres ne tiennent pas compte des circonstances dans lesquelles les
infractions recensées ont été commises. Or, on ne peut déduire du seul caractère
criminel d’un acte le risque de réitération* ou de récidive* de celui qui le commet : la
dangerosité de l’auteur d’un parricide peut ainsi être considérée comme relativement
faible, tandis que celle d’un tueur en série ou même de l’auteur d’un vol avec
violences est susceptible de s’avérer particulièrement élevée.
Toutefois, si aucun outil statistique n’apparaît susceptible de prendre l’entière
mesure de la notion de dangerosité, eu égard au caractère protéiforme de cette
dernière, il n’en demeure pas moins essentiel de définir des indicateurs permettant
de mieux circonscrire la population pénale dangereuse (proposition n°9).
2 – La recherche
La modestie du savoir actuel en matière de dangerosité doit inviter à la prudence et
conduire à développer des études et une méthodologie rigoureuse, afin d’accroître
les connaissances des professionnels dans ce domaine.
a – La recherche en matière de dangerosité criminologique
La recherche de techniques d’évaluation de la dangerosité criminologique doit être
approfondie, tant en amont qu’en aval de la condamnation* pénale.
En amont, de nouvelles formes d’aide à l’enquête sont apparues récemment dans
les procédures judiciaires, principalement au cours de l’enquête initiale ou de
l’instruction. Appelées analyses criminelle36 et comportementale37, elles consistent à
35 Supra Introduction, pp. 4 et s..
36 Selon l’Organisation internationale de police criminelle (Interpol), l’analyse criminelle se définit
comme « la recherche et la mise en évidence méthodique de relations entre des données de
criminalité elles-mêmes d’une part, entre des données de criminalité et d’autres données significatives
18
éclairer les policiers et les gendarmes par l’examen et le traitement objectif de
l’ensemble des informations recueillies sur la scène de crime et sur la victime.
Ainsi, l’analyse criminelle permet non seulement la satisfaction d’objectifs à court
terme, tels que l’identification et l’interpellation de l’auteur d’une infraction, mais
également la prévision de l’évolution de la criminalité à moyen et long terme par zone
géographique et par catégorie d’infractions.
L’analyse comportementale donne quant à elle des orientations d’enquête par la
mise en exergue des phénomènes sériels, la détermination d’un profil d’auteur et
l’assistance à audition.
Le développement de ces techniques, qui prennent principalement appui sur des
données objectives répertoriées dans des fichiers38, contribuerait à améliorer la
détection de la dangerosité criminologique (proposition n°4).
.
Il ressort des conclusions d’un groupe de travail sur ces nouvelles formes d’aide à
l’enquête, piloté par le ministère de la Justice en 2003, que l’usage de celles-ci doit
être entouré de certaines précautions afin d’éviter tout risque de dérive 39.
possibles d’autre part » in Rapport du groupe de travail interministériel sur Analyse criminelle et
analyse comportementale, Direction des affaires criminelles et des grâces, juin 2003, p.5.
37 Selon une définition interministérielle, l’analyse comportementale constitue « une technique d’aide à
l’enquête alliant les protocoles traditionnels d’investigation et l’analyse des données objectives issues
de la ou des procédure(s), fondée sur des connaissances liées à la compréhension du comportement
humain et pouvant requérir l’accès à des systèmes automatisés de traitement de données
judiciaires » in Rapport du groupe de travail interministériel sur Analyse criminelle et analyse
comportementale, op. cit., p.23.
38 En France, il existe actuellement plusieurs fichiers judiciaires : le FAED (fichier automatisé des
empreintes digitales), le FNAEG (fichier national automatisé des empreintes génétiques), le FIJAIS
(fichier judiciaire national automatisé des auteurs d’infractions sexuelles) et le SALVAC (système
d’analyse des liens de la violence associée aux crimes) ; ce dernier fichier a pour but de centraliser
l’ensemble des informations relatives aux crimes de sexe et de sang, afin d’aider les enquêteurs à
opérer des rapprochements entre différentes affaires ; il fait l’objet d’un projet de loi en cours
d’élaboration.
39 Rapport du groupe de travail interministériel sur Analyse criminelle et analyse comportementale, op.
cit., pp.23-24.
19
Ainsi, seul le statut d’officier de police judiciaire spécialement formé apparaît
approprié à la pratique de l’analyse criminelle, comme de l’analyse comportementale.
De plus, cette dernière ne saurait être envisagée que pour déterminer des
orientations d’enquête à l’égard de personnes qui ne sont ni mises en examen, ni
témoins assistés : le but de son utilisation est de permettre l’interpellation de l’auteur
de l’infraction, et non pas d’établir sa culpabilité*40.
Enfin, ces techniques ne peuvent se concevoir que dans le cadre d’une procédure
judiciaire et doivent faire l’objet d’un rapport écrit versé au dossier.
*
En aval de la condamnation pénale, l’administration pénitentiaire doit s’attacher à
évaluer la dangerosité que les détenus* peuvent présenter, à la fois dans l’intérêt des
personnels pénitentiaires et des codétenus (risques d’agression), dans celui de
l’institution (risques d’évasion et de trafics), de la société et des victimes potentielles
(risques de réitération* ou de récidive*), mais aussi dans l’intérêt des intéressés euxmêmes
(risques de suicide)41.
Plus spécifiquement, le Centre national d’observation (CNO) de Fresnes, contribue à
l’évaluation de la dangerosité des détenus : les condamnés dont le comportement
disciplinaire a posé de graves problèmes ou dont le reliquat de peine* est supérieur à
dix ans doivent être pris en charge par une équipe pluridisciplinaire au sein de cette
structure, pendant environ six semaines. Un rapport final est ensuite rédigé, en
tenant compte de l’ensemble du parcours carcéral de l’intéressé (signalement des
services médicaux, des surveillants pénitentiaires, expertises, etc.).
Toutefois, le nombre limité de places disponibles au sein du CNO, structure
nationale, engendre des délais d’attente souvent importants pour les détenus. De
40 Par deux arrêts des 28 novembre 2001 (Bulletin criminel 2001, p. 823) et 29 janvier 2003 (Bulletin
criminel 2003, p. 81), la chambre criminelle de la Cour de cassation a annulé les opérations
d’expertises réalisées par un analyste comportemental sur une personne gardée à vue, considérant
que l’exercice des droits de la défense avait été compromis.
41 Gérard LEONARD, Traitement de la récidive des infractions pénales, Assemblée nationale, Rapport
n°1979 du 8 décembre 2004, p.11.
20
plus, l’engorgement des prisons conduit parfois à retarder, voire modifier leur
affectation, telle que résultant de l’évaluation susmentionnée. Enfin, les rapports
établis par les équipes du Centre national d’observation restent insuffisamment
exploités par les établissements pénitentiaires*.
Si la commission ne peut que recommander l’amélioration de l’évaluation de la
dangerosité des détenus au sein du CNO, il lui apparaît également pertinent
d’envisager l’extension de ces techniques à l’ensemble de la population pénitentiaire
dangereuse, par la régionalisation de cette structure (proposition n°3 – a). Cette
modification serait susceptible de favoriser une évaluation de proximité, un
rapprochement familial et une meilleure orientation des personnes.
De surcroît, sur le modèle d’une recherche publiée en mars 2004 sur la récidive des
sortants de prison, analysant la fréquence du retour devant la juridiction pénale des
condamnés libérés entre le 1er juin 1996 et le 30 avril 199742, des études
longitudinales de groupes d’auteurs d’infractions seraient particulièrement indiquées,
en ce qu’elles permettraient de suivre sur une longue période le parcours de ces
derniers, et notamment les éventuelles réitérations ou récidives. Ces recherches
devraient également prendre en compte les paramètres individuels situationnels et
victimologiques susceptibles de favoriser le passage à l’acte43 (proposition n°2 – b).
*
Enfin, à l’instar d’une étude menée en 2003 sur la libération conditionnelle*44, la
commission préconise que des recherches scientifiques soient entreprises sur
l’impact, en termes de prévention de la récidive, de la nature des différentes peines
prononcées, de leurs modalités d’exécution et de leur éventuel aménagement
(proposition n°2 – e).
42 Annie KENSEY et Pierre TOURNIER, La récidive des sortants de prison, Cahiers de démographie
pénitentiaire, mars 2004.
43 Supra Introduction, pp. 4 et s..
44 Pierre TOURNIER, Les systèmes de libération sous condition dans les Etats membres du conseil
de l’Europe, avril 2004 (voir article sur Internet : http://champpenal.revues.org/document37.html).
21
b – La recherche en matière de dangerosité psychiatrique
Qu’elle s’inscrive dans un objectif thérapeutique ou dans le cadre d’une expertise
pénale, l’évaluation de la dangerosité psychiatrique d’un individu se fait par le biais
d’entretiens cliniques, libres et/ou structurés, avec un expert* psychiatre ou
psychologue.
Pour le praticien chargé de l’évaluation, il s’agit en premier lieu d’analyser le trouble
mental* dont souffre le sujet.
Doivent en deuxième lieu être étudiés les facteurs statiques relatifs à son identité et
sa famille, son histoire psychiatrique et ses antécédents médico-légaux. Sont
également pris en compte les actes antérieurs de violences, commis ou subis, leur
reconnaissance par l’intéressé, ainsi que les moyens mis en œuvre par ce dernier
pour apaiser ses tensions internes.
En troisième lieu, l’évaluation doit prendre en considération les éléments dynamiques
de la personne, susceptibles de révéler l’existence de conflits intra psychiques et les
mécanismes de défense repérés au cours de la prise en charge psychiatrique.
Enfin, les paramètres situationnels ou environnementaux sont analysés, le plus
souvent de manière évolutive.
Les évaluations cliniques peuvent par ailleurs être enrichies par le recours à des
questionnaires, des tests et des échelles, qui doivent être considérés comme des
outils, et non comme des contraintes.
En effet, les questionnaires constituent un support utile ou complémentaire à
l’entretien. Celui portant sur les investigations cliniques pour les auteurs d’agressions
sexuelles (QICPAAS) est fréquemment employé dans une visée thérapeutique.
De même, les tests sont fondés, quant à eux, sur l’interprétation par le patient
d’images, de dessins, de photographies, etc. . Certains peuvent avoir un caractère
projectif.
22
Les échelles, enfin, consistent pour le praticien à attribuer une cotation aux réponses
données par la personne à des questions. Certaines existent déjà sur le plan
international, mais leur utilisation par les professionnels de santé se heurte dans
notre pays à des difficultés de traduction, de validation et de standardisation45.
Compte tenu de l’insuffisant recours aux outils précités, les membres de la
commission préconisent que des recherches-actions soient menées en France,
d’une part, sur les facteurs d’émergence de la dangerosité psychiatrique et, d’autre
part, sur l’évaluation de cette dernière, afin de valider de nouveaux procédés
(proposition n°2 – a).
3 – La formation en matière de dangerosité psychiatrique
La commission estime que les formations initiale et continue des psychiatres et des
psychologues dans le domaine médico-légal devraient être renforcées, afin de mieux
prendre en considération les problématiques relatives à la dangerosité psychiatrique,
dans la pratique clinique, comme dans la mise en œuvre de l’expertise pénale
(proposition n°1 – b).
En matière de formation initiale, d’une part, il conviendrait de développer
l’enseignement médico-légal au sein du troisième cycle de psychiatrie46. Par ailleurs,
l’instauration d’un diplôme d’études spécialisées complémentaires (DESC) dans ce
domaine serait souhaitable.
D’autre part, la formation continue pourrait être complétée par la création de
diplômes universitaires spécifiques.
45 D. GIOVANNANGELLI, JP. CORNET, C. MORMONT, op. cit..
46 Diplôme d’Etudes Spécialisées (DES) de psychiatrie.
23
B – L’amélioration des expertises psychiatriques et psychologiques
L’amélioration des expertises psychiatriques et psychologiques suppose le
renforcement, tant du statut et des conditions d’exercice des experts*, que du
contenu des missions imparties par l’autorité judiciaire.
1 – Les experts psychiatres et psychologues
Psychiatres et psychologues constituent des praticiens bien distincts : les premiers
sont des médecins ayant acquis une spécialité en matière de psychiatrie, tandis que
les seconds sont des professionnels non répertoriés par le code de la santé publique
et ayant suivi des études universitaires de psychologie. Pour autant, les psychiatres,
comme les psychologues, rencontrent des obstacles dans l’exercice de leurs
activités en matière expertale.
a – Les difficultés actuelles
Il ressort des auditions réalisées par la commission que la pratique des expertises
pénales se heurte à de nombreuses difficultés liées tant à des problèmes d’ordre
démographique qu’à des conditions matérielles de travail jugées insuffisantes.
En premier lieu, alors que près de 13.000 psychiatres47, dont 5.200 praticiens
hospitaliers, étaient recensés en France en 2003, seuls 700 à 800 experts*, pour la
plupart exerçant à l’hôpital, étaient dénombrés.
Cette faible proportion s’explique par la conjonction entre, d’une part, une
augmentation des demandes de prise en charge et, d’autre part, une offre de soins
limitée. En effet, aux disparités géographiques importantes d’installation des
psychiatres en France48 s’ajoute une structure déficitaire du secteur public depuis
47 Ce qui représente la deuxième densité la plus élevée du monde.
48 A titre d’exemple, on compte 9,30 praticiens pour 1.000 habitants en Champagne-Ardenne, contre
87 à Paris.
24
plusieurs années49, elle-même renforcée par la volonté massive des psychiatres
nouvellement formés d’exercer une activité libérale.
Or, il est à craindre que ces phénomènes ne s’amplifient à l’avenir, dans la mesure
où la structure d’âge des psychiatres est susceptible d’entraîner d’ici 2015 une
diminution de leur nombre de l’ordre de 20%.
En deuxième lieu, la disponibilité des experts est fortement remise en question par
les modifications législatives successives, qui ont conduit à considérablement
accroître les possibilités pour l’autorité judiciaire de recourir à une expertise
psychiatrique, et ce à tous les stades de la procédure : pendant l’enquête (évaluation
de l’état mental de la personne gardée à vue), l’instruction (obligation pour certaines
infractions criminelles et/ou à caractère sexuel), lors du jugement (à la demande du
président du tribunal correctionnel ou de la cour d’assises) ou de la phase postsentencielle
(lorsque le juge de l'application des peines est saisi d’une demande
d’aménagement d’une peine* d’emprisonnement).
Dans ces conditions, les magistrats sont souvent amenés à solliciter les mêmes
praticiens, qui deviennent ainsi, de fait, spécialisés dans la fonction expertale.
Or tous les psychiatres auditionnés s’accordent à souligner l’importance pour les
autorités judiciaire, administrative et sanitaire, de recourir à des professionnels,
certes dotés d’une compétence reconnue sur le plan expertal, mais qui continuent
également à entretenir une pratique de soins leur permettant de rester en contact
avec le terrain. Le recours à des « experts en série » risque, en effet, d’engendrer,
au fil des années, une diminution de la compétence de ces derniers et un manque de
recul par rapport à leur mission.
Subsidiairement, ces dérives engendrent des absences répétées, ce qui, s’agissant
des praticiens exerçant dans le secteur public hospitalier n’est pas sans
conséquence sur le fonctionnement des services.
49 20% des postes hospitaliers sont actuellement vacants.
25
Enfin, en troisième lieu, les experts psychiatres dénoncent l’insuffisance de leur
rémunération, notamment au regard du temps qui leur est nécessaire pour
s’entretenir, parfois à plusieurs reprises, avec l’intéressé, pour rédiger un rapport de
qualité et pour participer aux audiences.
Plus particulièrement, le statut des praticiens hospitaliers50 prévoit que ces derniers
peuvent percevoir, en sus de leurs honoraires, des émoluments liés aux expertises
requises par les autorités judiciaires ou administratives, dans des conditions fixées
par arrêté du 30 mai 196251. Or, ces dispositions réglementaires n’ont jamais été
actualisées malgré l’évolution du statut, entraînant un manque de lisibilité entre les
activités hospitalière et libérale, tant en termes de rémunération perçue, que de
disponibilité.
Les praticiens soulignent aussi des conditions d’accès et d’accueil dans les
établissements pénitentiaires* parfois perfectibles, qu’il s’agisse des horaires
d’ouverture de l’établissement au public ou des locaux où les entretiens ont lieu.
L’ensemble de ces éléments contribue de toute évidence à décourager les bonnes
volontés et peut expliquer le manque d’appétence de beaucoup de psychiatres pour
la pratique expertale.
*
Le recours aux experts psychologues se heurte à des difficultés d’une nature
différente.
Ainsi, si l’on recense 32.000 professionnels en France, nombre d’entre eux sont au
chômage.
En outre, dans la mesure où seul l’usage du titre de psychologue, conditionné par
l’obtention d’un diplôme universitaire de troisième cycle, est réglementé par la loi52,
50 Décret n°84-135 du 24 février 1984 portant statut des personnels enseignants et hospitaliers des
centres hospitaliers et universitaires.
51 Arrêté des ministres de la Santé et chargé du Budget.
52 Loi n°85-772 du 25 juillet 1985 (J.O. 28 juillet 1985, p.8471).
26
et où, par conséquent, il existe une grande variété de diplômes, tous les
psychologues ne suivent pas une formation en psychopathologie clinique.
Il en résulte une absence de lisibilité, notamment quant au contenu de
l’enseignement dispensé aux psychologues et aux compétences correspondantes,
ce qui n’est pas sans incidence sur le recrutement des experts en la matière.
b – Les propositions de la commission
Afin de susciter chez les psychiatres et les psychologues de nouvelles vocations
pour la pratique des expertises, la commission considère que les conditions de
réalisation de ces dernières doivent être améliorées.
Cette amélioration doit tout d’abord passer par un renforcement du statut des
experts* psychiatres. Il est donc proposé d’augmenter sensiblement la rémunération
de ces derniers, afin de tenir compte à la fois de leur temps de présence aux
audiences et du défraiement du travail de secrétariat53 (proposition n°5 – a). Une
demi-journée d’intérêt public spécifique pourrait également être prévue par le statut
des praticiens hospitaliers (proposition n°5 – b).
En outre, la commission estime que l’accroissement du nombre d’experts psychiatres
passe par l’amélioration de l’enseignement en psychiatrie médico-légale et en
matière expertale, notamment par le biais d’un dispositif de tutorat, permettant à des
psychiatres en formation initiale ou continue de réaliser des expertises conjointement
avec des experts figurant sur les listes (proposition n°6 – a).
A ce titre, les dispositions du décret n°2004-1463 du 23 décembre 2004 contribuent
à cette recommandation en incitant les praticiens désirant être inscrits sur les listes
d’experts et voir cette inscription maintenue, à se former de manière spécifique et
continue.
53 Contrairement aux termes de la dépêche-circulaire du garde des Sceaux, ministre de la Justice, du
23 février 2005, relative aux frais de justice et au tarif des expertises psychiatriques (voir annexe n°13,
p. CVII)
27
Enfin, la commission considère que la formation des psychologues, tant en
psychopathologie clinique qu’en psychologie légale, devrait être renforcée et sa
lisibilité améliorée54.
2 – Les expertises psychiatriques et psychologiques
La qualité des expertises psychiatriques et psychologiques rendues peut être
améliorée en ciblant les situations où ces examens sont nécessaires et en
perfectionnant les questions posées aux praticiens.
a – L’opportunité du recours aux expertises psychiatriques et
psychologiques
L’évaluation de la dangerosité apparaît délicate dans le cadre de certaines mesures
et des procédures rapides.
Ainsi, la limitation de la durée maximale des gardes à vue implique nécessairement
pour les experts* psychiatres ou psychologues saisis la restitution de leur rapport à
très brève échéance.
De même, la contrainte de délai de la procédure de comparution immédiate, qui
consiste pour le parquet à notifier au prévenu* qui lui est déféré sa traduction
immédiate devant le tribunal correctionnel55, semble difficilement compatible avec le
temps nécessaire à une évaluation de qualité de la dangerosité du prévenu*.
Dès lors, le ministère public en est souvent réduit à ne pas ordonner d’expertise,
lorsque la procédure présente un caractère d’urgence, et en dehors des cas où une
telle mesure est obligatoire56.
54 Supra I-A-3, p. 22.
55 Et en tout cas avant le troisième jour ouvrable à l’issue de la mesure de garde à vue (articles 395 et
396 du code de procédure pénale).
56 Les articles 706-47 et 706-47-1 du code de procédure pénale prévoient que toute personne
poursuivie pour une infraction à caractère sexuel ou pour meurtre ou assassinat d’un mineur précédé
28
Afin de pallier ces obstacles, il apparaît opportun de mieux définir les examens
psychiatriques pertinents avant jugement. Aussi, la commission recommande que les
experts missionnés dans le cadre de procédures rapides voient leur rôle limité à un
avis médico-psychologique sur la nécessité de soins immédiats ou d’une
hospitalisation d’office, et sur l’opportunité d’ordonner ultérieurement une expertise
approfondie, notamment quant à l’utilité d’une injonction de soins*.
Cette préconisation implique que les personnels des lieux de garde à vue et, le cas
échéant, le médecin généraliste chargé d’examiner la personne, portent une
attention particulière à l’état mental de cette dernière. En cas de doute, la
commission recommande que l’intéressé soit conduit au service des urgences de
l’hôpital et fasse l’objet de l’examen médico-psychologique précité. Cette suggestion
de la commission suppose toutefois la possibilité pour ces structures d’accueillir en
toute sécurité des patients dangereux (proposition n°6 – b).
De manière plus spécifique, la commission estime que le parquet doit faire un usage
prudent de la procédure de comparution immédiate pour les auteurs d’infractions à
caractère sexuel57 . En particulier, la possibilité d’un renvoi au fond du dossier ne doit
pas être négligée, dans l’attente qu’une expertise psychiatrique de la personne
déférée puisse être réalisée dans de bonnes conditions.
b – Le contenu des expertises psychiatriques et psychologiques
Les voies d’amélioration du contenu des expertises diffèrent selon que la réflexion
porte sur les examens psychiatriques ou psychologiques et selon que ces derniers
sont réalisés avant ou après la condamnation* pénale.
ou accompagné d’un viol, de tortures ou d’actes de barbarie, doit être soumise à une expertise
médicale avant son jugement sur le fond.
57 L’on rappellera que l’expertise psychiatrique de ces personnes doit obligatoirement être ordonnée
avant tout jugement au fond (articles 706-47 et 706-47-1 du code de procédure pénale).
29
Les questions traditionnellement posées dans le cadre des expertises psychiatriques
ordonnées avant le jugement pénal sont relatives à :
- la présence de troubles mentaux* chez l’individu ;
- la relation entre ces derniers et les faits reprochés ;
- l’abolition ou l’altération du discernement de l’intéressé en raison des
troubles mentaux décelés ;
- l’état dangereux de la personne ;
- son accessibilité à une démarche de soins ;
- son accessibilité à une sanction pénale ;
- sa réadaptation sociale ;
- le cas échéant, en matière d’infractions à caractère sexuel, la nécessité d’un
traitement psychiatrique sous la forme d’une injonction de soins* ;
- le cas échéant, la description de la prise en charge psychiatrique de la
personne, le diagnostic établi et les traitements administrés.
Après le prononcé du jugement pénal, la mission de l’expert* psychiatre comporte
généralement l’examen des points suivants :
- la description de la personnalité de l’intéressé et son évolution depuis sa
condamnation* ;
- sa dangerosité en milieu libre ;
- la nécessité d’une surveillance médicale en milieu libre.
.
L’expert psychologue58 doit quant à lui décrire, d’une part, la personnalité de
l’individu dans son unité, sa complexité et sa globalité et, d’autre part, les conditions
dans lesquelles le milieu d’origine, les conceptions éducatives et l’histoire de
l’intéressé ont contribué à former sa personnalité, afin de donner une hypothèse
explicative de l’acte et une interprétation du parcours du sujet.
58 Les expertises psychologique et psychiatrique sont reconnues par le législateur comme autonomes
depuis la loi n°93-2 du 4 janvier1993 portant réforme de la procédure pénale.
30
Les éléments principalement analysés par les experts psychologues, avant comme
après la condamnation pénale, sont donc :
- l’évaluation de la situation de l’individu en fonction de ses composantes
pathologiques éventuelles et des faits qui lui sont reprochés ;
- les caractéristiques et les particularités de sa personnalité, les circonstances
et conditions qui ont influé sur la formation de celle-ci, les mobiles
intellectuels et les motivations affectives qui inspirent habituellement sa
conduite ;
- la détermination de son quotient intellectuel ;
- ses possibilités de réadaptation sociale.
*
Si l’ensemble de ces questions est majoritairement apparu pertinent à la commission
pour ce qui concerne les expertises psychiatriques et psychologiques ordonnées
avant le jugement pénal, une précision semble devoir être apportée dans la mission
des experts psychiatres, lorsque ces derniers concluent à l’atténuation de la
responsabilité pénale de l’individu pour troubles mentaux, en application de l’article
122-1, alinéa 2, du code pénal59.
En effet, il a paru utile à la commission que le médecin se prononce non seulement
sur l’accessibilité de la personne à la sanction pénale, mais encore sur les modalités
de la prise en charge de l’individu qui lui apparaissent les plus appropriées.
La commission propose donc que la question posée à l’expert relativement à
l’accessibilité à la sanction pénale soit ainsi complétée : « Le sujet est-il accessible à
une sanction pénale et, dans l’affirmative et en cas d’altération de son discernement,
quelles modalités de prise en charge apparaissent les plus adaptées à son état et à
sa personnalité ? » (proposition n°7 – a).
59 Infra II-B-1-a, pp. 49 et s..
31
.
En outre, la mission des experts psychiatres commis au stade de l’application des
peines* gagnerait à être précisée, afin que l’autorité judiciaire compétente soit mieux
éclairée sur l’état de dangerosité du détenu* et, partant, sur l’opportunité de
prononcer une mesure d’individualisation de la peine.
Dans le cadre des formations initiale et continue, l’Ecole nationale de la magistrature
pourrait ainsi proposer de nouveaux imprimés de mission-type d’expertise
psychiatrique comportant l’ensemble des points suivants (proposition n°7 – b) :
- l’évolution du condamné depuis la commission des faits ;
- la persistance ou l’aggravation des troubles mentaux constatés initialement
et/ou l’apparition de nouveaux troubles ;
- dans la perspective d’un aménagement de la peine, l’état de dangerosité
psychiatrique et criminologique de la personne en milieu libre60 ;
- la compatibilité de son état mental avec son placement ou son maintien en
détention ;
- dans l’affirmative, les modalités de prise en charge qui semblent les plus
adéquates ;
- la possibilité d’une réadaptation sociale au sens criminologique du terme61 ;
- l’impact présumé des soins sur l’état de dangerosité du détenu* ;
- en matière d’infraction à caractère sexuel, l’opportunité de prévoir la
poursuite des soins en milieu libre ;
- l’attitude du condamné à l’égard de la victime et ses liens avec elle.
.
60 La réponse à cette question suppose que l’expert dispose d’une formation et d’une compétence
spécifiques en psycho-criminologie, voir infra I-C-2, pp. 33-34.
61 La réponse à cette question suppose que l’expert dispose d’une formation et d’une compétence
spécifiques en psycho-criminologie, voir infra I-C-2, pp. 33-34.
32
La commission recommande enfin l’instauration d’un référentiel commun aux
expertises psychiatriques et psychologiques, portant notamment sur la clinique de
l’expertise pénale et ses limites, et ce au regard des questions posées par l’autorité
judiciaire. A ces fins, l’organisation d’une conférence de consensus rassemblant
l’ensemble des praticiens, qu’ils soient ou non experts, est nécessaire (proposition
n°8).
C – Le développement de la psycho-criminologie
La psycho-criminologie est une discipline issue de la criminologie clinique et de
l’observation de l’individu.
Relevant à la fois des sciences juridiques, médicales et humaines, elle est
diversement appréciée par les différents professionnels concernés. Le
développement de cette matière suppose l’organisation de recherches et de
formations spécifiques.
1 – L’élaboration d’une recherche en matière psycho-criminologique
Les études déjà menées en Europe sur la prévention de la récidive* et le traitement
de la dangerosité des les délinquants sexuels62 doivent être complétées par des
recherches d’ordre plus général en psycho-criminologie.
Pour que la France soit en mesure de développer cette discipline autonome, à
l’instar des pays anglo-saxons qui ont procédé à des analyses et élaboré des outils
d’évaluation de la dangerosité des auteurs d’infractions pénales63, il apparaît
nécessaire à la commission d’approfondir les recherches sur trois sujets essentiels
(proposition n°2 – d) : les indicateurs de toutes les formes de dangerosité (et,
singulièrement, la part des troubles graves de la personnalité* dans les facteurs de
62 D. GIOVANNANGELLI, J.P. CORNET, C. MORMONT, op. cit..
63 A l’heure actuelle, la simple transposition des échelles de dangerosité créées dans les pays
d’Amérique du Nord (Etats-Unis et Canada) serait prématurée. Cependant, elles doivent être validées
et intégrées dans les recherches à mener en France.
33
passage à l’acte criminel), l’évaluation de ces dangerosités et les modalités de la
prise en charge pluridisciplinaire des individus qui présentent ces caractéristiques64.
De plus, dans le prolongement de la proposition n°2 – b65, une étude longitudinale
spécifique de suivi des personnes criminelles multirécidivistes pourrait être mise en
place à bref délai, afin d’améliorer la connaissance que les professionnels ont de
cette population, et en particulier d’identifier les facteurs de réitération* et de récidive.
Les résultats de cette analyse permettraient ainsi aux différents experts* de mieux
appréhender et évaluer les risques de passage à l’acte pour certains individus
(proposition n°2 – c).
2 – Le développement des formations communes en matière psychocriminologique
De trop nombreux malentendus demeurent entre les professionnels de la santé et de
la justice, ainsi que cela a été souligné en introduction. Outre les questions
sémantiques, qui constituent autant de sources d’incompréhension, les médecins
reprochent aux magistrats de vouloir les contraindre à remplir des missions qui ne
seraient pas les leurs, tandis que ces derniers font grief aux premiers de se
retrancher indûment derrière leur secret professionnel.
Afin de remédier à ces méprises, des formations communes sont mises en place par
l’Ecole nationale de la magistrature, l’Ecole nationale de l’administration pénitentiaire
et les Universités (Facultés de médecine et de droit).
Compte tenu de l’importance de ces formations communes, la commission estime
que celles-ci devraient être sensiblement développées, avec l’appui des différents
services déconcentrés (proposition n°1 – a).
Dispensées à l’ensemble des professionnels concernés, elles sont capitales à un
double titre : elles permettent de mieux connaître les missions et les pratiques de
64 Infra II, pp. 37-38.
65 Supra I-A-2-a, pp. 17 et s..
34
chacun, comme les représentations réciproques. Leur objectif n’est pas d’aboutir à
une confusion des langages et des rôles, mais de comprendre ceux de l’autre et, par
conséquent, de faciliter le travail en commun.
*
En outre, l’enseignement des professionnels de la justice, de la santé et du champ
social en matière psycho-criminologique doit être renforcé, à l’instar de celui mis en
place dans les Universités de Rennes et de Grenoble, afin d’enrichir le savoir de
l’ensemble de ces praticiens sur le parcours des auteurs d’infractions pénales et
l’évaluation, comme la prise en charge, de leur dangerosité (proposition n°1 – c).
Cette formation spécifique permettrait le développement d’expertises approfondies
sur la question de la réitération* ou de la récidive*, examens dont la réalisation
pourrait notamment être confiée à des psychologues, indépendamment des
expertises psychologiques et psychiatriques traditionnelles.
3 – La création d’un centre de documentation psycho-criminologique
Les experts* chargés d’examiner une personne ignorent trop souvent l’existence de
mesures similaires antérieures : leur information en ce domaine repose
principalement sur la bonne volonté du sujet, qui leur signale, ou non, ses
antécédents psychiatriques ou psychologiques.
Or, cette déperdition de renseignements peut s’avérer préjudiciable à la continuité de
l’action judiciaire et à la qualité de l’évaluation de la dangerosité de l’intéressé, en
particulier dans le cadre des décisions d’individualisation de la peine*. En outre, ces
actes surabondants contribuent à augmenter les frais de justice.
Afin de pallier ces inconvénients, il a paru judicieux à la commission de proposer la
création d’un centre de documentation psycho-criminologique. Cette base de
données nationale recenserait l’ensemble des expertises psychiatriques et
psychologiques ordonnées par l’autorité judiciaire et les évaluations effectuées par
35
les équipes ressources interrégionales66. Pourraient également être répertoriées les
hospitalisations d’office, uniquement lorsque celles-ci sont prononcées après une
déclaration d’irresponsabilité pénale* pour troubles mentaux*, en application de
l’article 122-1, alinéa 1, du code pénal67 (proposition n°10).
Ce centre de documentation serait alimenté par l’autorité judiciaire et géré par le
ministère de la Justice, le service du casier judiciaire national paraissant
particulièrement adapté à l’accomplissement de cette tâche.
Pour éviter tout risque de dérive, seuls les magistrats concernés, ainsi que les
experts* psychiatres et psychologues missionnés, pourraient avoir accès à ce fichier.
Toutefois, pour une meilleure application de la réglementation sur les armes, le
préfet devrait pouvoir consulter les données relatives aux hospitalisations d’office
ordonnées après une déclaration d’irresponsabilité pénale pour troubles mentaux. Il
ne pourrait cependant avoir connaissance des autres mesures répertoriées.
4 – L’instauration d’équipes ressources interrégionales
Le caractère pluriel de la dangerosité des individus suppose une évaluation
pluridisciplinaire, effectuée par l’ensemble des professionnels des champs judiciaire,
administratif, social et sanitaire, aux fins de prévenir la réitération* et la récidive* par
la mise en commun des savoirs.
Ainsi, la désignation d’un seul expert* ou la commission successive d’experts isolés
ne saurait suffire à une évaluation de qualité. Il apparaît donc pertinent de proposer
la création d’un réseau national d’équipes ressources interrégionales (proposition
n°11).
Saisies par l’autorité judiciaire, ces équipes auraient pour charge d’apprécier la
dangerosité d’auteurs d’infractions pénales sous tous ses aspects par l’instauration
66 Infra. I-C-4, pp. 35-36
67 Cette déclaration d’irresponsabilité pénale pourrait émaner du procureur de la République, comme
du juge d’instruction ou de la juridiction de jugement.
36
de séquences d’évaluation dans le temps, afin de permettre une appréciation de
l’évolution de la personnalité de l’individu expertisé.
Les équipes ressources interrégionales seraient constituées non seulement d’experts
sanitaires, sociaux et administratifs, mais aussi de magistrats et membres de
l’administration pénitentiaire agissant en qualité d’experts.
La mission d’évaluation impartie aux membres de ces équipes devrait
impérativement être distinguée de leurs attributions décisionnelles originelles.
Ainsi, les médecins ne sauraient être à la fois chargés de soigner et d’évaluer une
même personne.
De la même manière, les magistrats participeraient au titre de leur expérience
particulière, et non dans le cadre de leur fonction juridictionnelle classique. Pour ce
faire, le statut particulier de ces magistrats pourrait être envisagé de deux façons :
soit celui d’un expert indépendant soumis comme tel à une inscription sur une liste
nationale ad hoc ou sur une liste d'une autre cour d'appel que la sienne, soit celui
d’un chargé de mission intervenant volontairement dans une équipe située en dehors
de sa cour d’appel de rattachement, et pris en charge par la Direction des services
judiciaires du ministère de la Justice.
*
Ces équipes ressources interrégionales auraient également la tâche d’initier et de
développer la recherche et la formation pluridisciplinaires en matière d’évaluation de
la dangerosité, ainsi que les relations avec tous les partenaires concernés.
Ces missions ne pourraient être réalisées qu’en lien avec les universités, par le bais
de conventions, et avec les organismes de recherches spécifiques tels que
l’INSERM, par la participation des équipes ressources à des programmes de
recherche.
37
II – La prise en compte de la dangerosité dans le traitement
judiciaire et médical des auteurs d’infractions
Le caractère pluriel et multifactoriel de la dangerosité suppose qu’à la
pluridisciplinarité de son évaluation fasse écho une diversification des modes de
prise en charge.
Ainsi, les pouvoirs de guérison et les capacités prédictives de la médecine ne doivent
pas être surestimés.
Certes, les différents types de traitements psychiatriques (médicamenteux68,
thérapies de groupe ou individuelles) et leurs diverses modalités de mise en œuvre
(suivis ambulatoires, à temps partiel69) peuvent avoir un impact positif sur la
dangerosité des personnes, à condition toutefois que la continuité des soins soit
systématiquement précisée en fonction des indications thérapeutiques, et assurée de
manière effective.
Sur ce point, la commission préconise que soit organisée une conférence de
consensus sur la prise en compte de la dangerosité par les professionnels de santé,
les différentes thérapeutiques possibles et l’ensemble des acteurs concernés
(proposition n°2 – f).
Pour autant, la variabilité, selon les individus, de l’incidence socialisante d’un
traitement psychiatrique doit être soulignée : si ce dernier peut être efficace lorsque
les facteurs fragilisants extérieurs à la pathologie mentale ou aux troubles de la
personnalité* ne sont pas prédominants, il peut en revanche avoir des effets limités
si des paramètres environnementaux ou relatifs à l’usage de toxiques, et plus
particulièrement d’alcool, ont substantiellement contribué à la perpétration des faits.
68 Anti-dépresseurs, neuroleptiques et anti-psychotiques, thymorégulateurs, sédation de l’angoisse ou
traitement de substitution.
69 Sous la forme de consultations en centre médico-psychologique (C.M.P.) ou de prises en charge à
temps partiel, dans des centres d’activités thérapeutiques à temps partiel (C.A.T.T.P.) ou en hôpital de
jour.
38
Il convient sur ce point de rappeler que, depuis plusieurs années, le développement
de consultations hospitalières d’alcoologie (C.H.A.) et la création de centres
spécialisés de soins aux toxicomanes (C.S.S.T.) ont facilité l'accès individuel à des
prises en charge spécifiques, grâce à des suivis ambulatoires et des soins
appropriés, notamment sous la forme de post-cures.
L’on précisera que si la nature de la mission impartie à la commission a conduit cette
dernière à n’étudier le rôle de l’alcool que concomitamment à l’existence d’un trouble
mental* et/ou de la personnalité, il importe d’insister sur la nécessité de soutenir les
campagnes de prévention et d'information sur l’alcoolisme, dont l’effet désinhibant
favorise le passage à l’acte violent (proposition n°1 – d).
En conséquence, il est nécessaire que la dangerosité psychiatrique soit prise en
compte dans les suivis assurés par les professionnels de santé, auxquels doivent
être associées des interventions socio-thérapeutiques, menées en articulation avec
les professionnels de l’éducation, de champ social et de la justice, et ce à tous les
stades de la procédure.
Ainsi, l’éventuelle dangerosité d’un individu auteur d’une infraction doit être prise en
considération, à la fois lors de l’examen de la déclaration d’irresponsabilité pénale*
pour troubles mentaux et de ses suites (A), au moment du choix, de l’exécution et de
l’aménagement de la peine* (B) et lors d’un suivi postérieur à l’exécution de cette
dernière (C).
A – La prise en compte de la dangerosité au moment de l’examen de la
déclaration d’irresponsabilité pénale pour troubles mentaux et de ses suites
Toute personne souffrant de troubles mentaux* ne doit pas être systématiquement
considérée comme dangereuse, ainsi qu’il a été souligné en introduction70.
70 Supra Introduction, pp. 4 et s..
39
Toutefois, certains individus atteints de troubles de cette nature présentent un état
dangereux, en lien ou non avec ces maux. Cette situation doit être prise en compte,
tant lors de l’éventuelle déclaration d’irresponsabilité pénale* prononcée en
application de l’article 122-1, alinéa 1, du code pénal, qu’au moment et à l’issue de la
mesure d’hospitalisation d’office le cas échéant ordonnée.
1 – L’article 122-1, alinéa 1, du code pénal
a – L’état du droit
La responsabilité pénale de l’auteur d’une infraction est subordonnée à la faculté
pour ce dernier d’avoir pu décider librement de commettre les faits incriminés.
Ainsi, l’article 122-1 du code pénal distingue selon que le discernement de la
personne a été aboli par un trouble psychique ou neuropsychique*71, ce qui entraîne
l’irresponsabilité pénale* de l’intéressé (alinéa 1), ou simplement altéré par un tel
trouble, ce qui atténue sa responsabilité pénale sans la remettre en cause (alinéa 2).
Cependant, le trouble psychique ou neuropsychique ne peut constituer une cause
d’irresponsabilité pénale qu’à la condition d’être concomitant aux faits et en rapport
direct avec l’infraction commise.
Ces éléments sont souverainement appréciés par les juges du fond, qui forment le
plus souvent leur conviction après avis d’un expert* psychiatre, qui ne les lie pas72.
*
L’irresponsabilité pénale d’un individu pour troubles mentaux* peut être prise en
compte par l’autorité judiciaire à différents stades de la procédure.
71 Voir annexe n°4 – Glossaire, p. XI.
72 Cass. crim. 11 mars 1958 (Bulletin criminel n°238).
40
En premier lieu, à l’issue de l’enquête initiale, si cette irresponsabilité ne fait aucun
doute et si l’infraction est de faible gravité, le procureur de la République peut
décider de ne pas engager de poursuites et de classer la procédure sans suite73.
En deuxième lieu, au terme de l’information judiciaire, le juge d’instruction, au vu des
conclusions des experts* psychiatres qu’il a commis, peut rendre une ordonnance de
non-lieu* sur le fondement de l’article 122-1, alinéa 1, du code pénal. Depuis la loi
n°2004-204 du 9 mars 2004 portant adaptation de la justice aux évolutions de la
criminalité, le magistrat a l’obligation de préciser dans son ordonnance s’il existe des
charges suffisantes établissant que l’intéressé a commis les faits qui lui sont
reprochés74. Il doit en outre notifier oralement les conclusions des experts à la partie
civile, qui est en droit d’interjeter appel de la décision du magistrat75 et de demander
qu’une contre-expertise soit ordonnée76.
Enfin, lors de l’audience de jugement, le tribunal correctionnel ou la cour d’assises
peut décider de la relaxe* ou de l’acquittement* de l’auteur de l’infraction si
l’irresponsabilité pénale pour troubles mentaux de celui-ci lui paraît établie au regard
des débats et des pièces du dossier.
b – Les limites du dispositif législatif actuel
En l’état actuel du droit, toute déclaration d’irresponsabilité pénale* pour troubles
mentaux* ne donne pas lieu à un procès, même si, en cas d’appel d’une ordonnance
de non-lieu* motivée par l’existence de tels troubles, une audience publique peut être
tenue devant la chambre de l’instruction, en présence de l’intéressé si la partie civile
en fait la demande et si son état de santé le permet77.
73 Il existe deux types de classements sans suite fondés sur l’état mental de la personne mise en
cause : l’un pour irresponsabilité pénale (n°34) et l’autre pour état mental déficient (n°37).
74 Article 177 du code de procédure pénale.
75 Article 186, alinéa 2, du code de procédure pénale.
76 Article 167-1 du code de procédure pénale.
77 Article 199-1 du code de procédure pénale.
41
Néanmoins, cette procédure n’est pas apparue satisfaisante à la commission, le
président de la chambre de l’instruction n’ayant en particulier pas la possibilité de
faire comparaître d’office la personne mise en examen.
En outre, en dépit de la récente modification législative précitée, les informations
communiquées aux victimes sur les circonstances de l’infraction sont parfois
incomplètes, les investigations du magistrat instructeur étant généralement moins
approfondies dès lors que l’article 122-1, alinéa 1, du code pénal paraît susceptible
de s’appliquer. L’ordonnance de clôture de l’information intervient en effet plus
rapidement et comporte souvent une motivation plus succincte sur le déroulement
des faits.
Enfin, la société contemporaine, aidée en cela par la vulgarisation du discours
psychiatrique, tend à penser que l’audience pourrait constituer une étape nécessaire
au « travail de deuil » du plaignant, en ce qu’elle permettrait à ce dernier d’obtenir
une explication plus détaillée sur les faits et d’être publiquement reconnu en sa
qualité de victime.
c – L’instauration d’une audience ad hoc sur l’imputabilité des faits
devant une chambre spécialisée du tribunal de grande instance
Tirant les conséquences des limites susmentionnées, la commission s’est ralliée aux
conclusions d’un groupe de travail piloté par la direction des affaires criminelles et
des grâces en 200378. Celui-ci avait recommandé l’instauration d’une audience
spécifique statuant sur l’imputabilité* des faits, afin de permettre un véritable débat
judiciaire, même en cas de déclaration d’irresponsabilité pénale* pour troubles
mentaux* de l’auteur (proposition n°17).
Cette juridiction pourrait être composée du président du tribunal de grande instance
ou de tout magistrat du siège désigné par lui, et de deux assesseurs.
78 Direction des affaires criminelles et des grâces, Note d’orientation sur une possible réforme des
règles applicables en matière d’irresponsabilité pénale, décembre 2003 (voir annexe n°11, p. XCII).
42
Elle serait saisie par le juge d’instruction, qui clôturerait son information en rendant,
simultanément ou successivement, d’une part, une ordonnance de non-lieu* fondée
sur l’article 122-1, alinéa1, du code pénal et, d’autre part, une ordonnance motivée
de « renvoi devant la chambre spécialisée d’imputabilité* du tribunal de grande
instance ».
Cette saisine pourrait être obligatoire en matière criminelle et facultative dans les
autres cas. Dans cette dernière hypothèse, les parties devraient en faire la demande
expresse lorsque la clôture de l’information leur serait notifiée et avant l’expiration du
délai de vingt jours prévu par l’article 175 du code de procédure pénale.
Si, à l’issue de cette audience, les faits poursuivis apparaissent imputables au mis en
cause, la juridiction devrait également pouvoir se prononcer sur l’opportunité
d’ordonner des mesures de sûreté* à l’encontre de l’intéressé, applicables soit
immédiatement après l’audience, soit, en cas d’hospitalisation d’office, à la levée de
cette mesure. La personne pourrait ainsi se voir imposer, à titre de sûreté, un
placement sous surveillance électronique*79, un suivi de protection sociale80 ou un
placement dans un centre fermé de protection sociale81. Cette décision serait
périodiquement révisée au vu de l’évolution de l’individu.
Afin de limiter les recours procéduraux à la charge des plaignants, la juridiction
statuerait enfin sur les intérêts civils.
Soucieuse de préserver les droits de la défense et la dignité des personnes
reconnues pénalement irresponsables pour troubles mentaux, la commission estime
nécessaire d’entourer cette audience de garanties. Ainsi, la comparution de
l’intéressé ne pourrait être ordonnée que si son état mental, dûment constaté par
certificat médical, le permet. En outre, l’individu devrait impérativement être
représenté par un administrateur ad hoc et assisté d’un avocat, le cas échéant
commis d’office. Enfin, toutes les décisions de la juridiction seraient susceptibles
d’appel devant une chambre spécialisée de la cour d’appel.
79 Cf. infra II-C-1-a, pp. 71 et s..
80 Cf. infra II-C-1-b, pp. 74-75.
43
2 – L’hospitalisation d’office des personnes déclarées pénalement
irresponsables pour troubles mentaux
a – La procédure
L’article L.3213-7 du code de la santé publique dispose que « lorsque les autorités
judiciaires estiment que l’état mental d’une personne qui a bénéficié d’un non-lieu*,
d’une décision de relaxe*, ou d’acquittement* en application des dispositions de
l’article 122-1, alinéa 1, du code pénal, nécessite des soins et compromet la sûreté
des personnes ou porte atteinte, de façon grave, à l’ordre public, elles avisent le
préfet82 qui prend sans délai toute mesure utile, ainsi que la commission
[départementale des hospitalisations psychiatriques] (…) ».
Lorsque ces conditions sont réunies, le préfet peut ordonner une hospitalisation
d’office, en se fondant sur un avis médical circonstancié portant sur l’état actuel du
malade, document qui doit être rédigé par un médecin extérieur à l’établissement
d’accueil. Il peut s’agir d’une expertise psychiatrique si celle-ci est récente.
Le préfet avise ensuite le procureur de la République, le maire de la commune de
résidence du patient et la famille de ce dernier, de l’hospitalisation d’office (HO)
éventuellement mise en œuvre, de tout renouvellement de la mesure et de toute
sortie.
Dans le but de favoriser la guérison, la réadaptation et la réinsertion sociale, les
personnes hospitalisées d’office peuvent bénéficier de sorties d’essai décidées par le
préfet, pour une durée de trois mois renouvelables dans les mêmes conditions de
forme que l’HO, au vu d’une proposition écrite et motivée d’un psychiatre exerçant
dans l’établissement d’accueil du patient, conformément à l’article L.3211-11 du code
de la santé publique. Ces sorties constituent une simple modification de la prise en
charge, les patients concernés demeurant sous le régime de l’hospitalisation d’office.
81 Cf. infra II-C-2-b, pp. 76 et s..
82 L’information du préfet par l’autorité judiciaire n’est pas un préalable juridiquement nécessaire à la
décision administrative d’hospitalisation d’office.
44
Un suivi médical est donc maintenu et le psychiatre traitant transmet un certificat au
préfet tous les mois.
L’article L.3213-8 du code de la santé publique prévoit qu’il ne peut être mis fin à une
HO par le préfet que sur les décisions conformes de deux psychiatres, extérieurs à
l’établissement d’accueil du patient et inscrits sur une liste établie par le procureur de
la République, après avis de la direction départementale des affaires sanitaires et
sociales (DDASS). Ces deux expertises concordantes doivent conclure que la
personne n’est plus dangereuse, ni pour elle-même, ni pour autrui.
En 2001, 234 hospitalisations d'office ont été prononcées à la suite de l’application
de l’article 122-1, alinéa 1, du code pénal. Ce nombre est stable depuis 1998, même
si le chiffre de 263 mesures, prévisionnel pour l’année 2003, traduit une
augmentation récente. Il n’existe pas aujourd’hui d’évaluation de la durée effective de
l’hospitalisation, comme de la mesure.
b – Les limites du dispositif actuel
Le dispositif légal actuel des hospitalisations d'office décidées après application de
l’article 122-1, alinéa 1, du code pénal pâtit d’un manque de précision textuelle et sa
mise en œuvre pose des difficultés, tant en termes de sorties d’essai que de
coordination entre les autorités administratives et judiciaires.
En premier lieu, la formulation de l’article L.3213-8 du code de la santé publique est
ambiguë, puisqu’il en ressort que la levée de l’hospitalisation d'office intervient sur
« décision » de deux psychiatres experts* choisis par le préfet. Or, ce dernier et le
juge des libertés et de la détention étant seuls compétents pour ordonner la levée
d’une hospitalisation d'office, le ministère de la Santé a indiqué, en s’appuyant sur
des conclusions d’une mission juridique permanente du Conseil d’Etat, que les
psychiatres experts ne fournissent que des « avis » au préfet, lequel n’est pas lié par
ceux-ci.
45
En deuxième lieu, alors même que la sortie de l’hôpital est effective quelle que soit
sa nature (définitive ou à titre d’essai), on peut déplorer un manque d’harmonisation
entre, d’une part, les règles applicables à la levée de l’hospitalisation d’office, qui ne
peut être ordonnée qu’au vu de deux avis médicaux délivrés par des experts et,
d’autre part, la décision de sortie d’essai, qui repose sur le certificat d’un seul
psychiatre. En outre, le déroulement de ces sorties provisoires est mal codifié et leur
longue durée conduit trop souvent à en faire des obligations de soins* en
ambulatoire déguisées.
En troisième lieu, l’articulation entre les autorités judiciaire et administrative reste
insuffisante.
En effet, l’article L.3213-7 du code de la santé publique ne prévoit pas l’obligation,
pour l’autorité judiciaire, d’aviser le préfet en cas de classement sans suite* pour
irresponsabilité pénale* due à des troubles mentaux* ou pour état mental déficient.
De fait, seuls certains parquets informent l’autorité administrative à l’issue de
décisions de cette nature.
En outre, le préfet n’est parfois que tardivement avisé par les magistrats des
décisions de relaxe*, d’acquittement* ou de non-lieu* prises en application de l’article
122-1, alinéa 1, du code pénal. Ces retards rendent plus difficile l’éventuelle mise en
œuvre d’une hospitalisation d'office, en cas de remise en liberté de l’intéressé après
l’audience.
c – Les propositions de la commission
La commission préconise que les imprécisions ou les erreurs textuelles précitées
soient corrigées. Ainsi, à l’article L.3213-8 du code de la santé publique, le terme
« décision » devrait être remplacé par « avis » (proposition n°13 – a). En outre, à
l’article L.3213-7 du même code, les « autorités judiciaires » mentionnées
mériteraient d’être précisées : le procureur de la République ou le procureur général
près la cour d’appel, selon la juridiction concernée, apparaissent les plus indiqués
(proposition n° 13 – b).
46
De plus, la commission rappelle que l’avis médical portant sur « l’état actuel de la
personne », prévu par l’article L. 3213-7 du code de la santé publique avant toute
décision d’hospitalisation d’office par le préfet, doit être récent.
Par ailleurs, elle recommande que l’information immédiate de l’autorité administrative
par les magistrats compétents après toute déclaration d’irresponsabilité pénale* pour
troubles mentaux* soit effective (proposition n°14 – a), et également obligatoire
après toute décision de classement sans suite* fondée sur l’irresponsabilité pénale
ou l’état mental déficient de la personne mise en cause (proposition n°14 – c).
La commission préconise également que, dans le cadre des sorties d’essai, un
contrôle sanitaire plus étroit soit exercé par la D.D.A.S.S. sous l’égide du préfet. Afin
de traduire symboliquement cette préoccupation, elle suggère que les « sorties
d’essai » soient désormais dénommées « sorties thérapeutiques sous contrôle »
(proposition n°13 – c).
De surcroît, il apparaît important qu’une meilleure coordination soit mise en œuvre
entre les préfectures, les autorités judiciaires et sanitaires ainsi que les
établissements hospitaliers, dans l’inscription, sur le fichier des personnes
recherchées tenu par les forces de l’ordre, des personnes hospitalisées d’office à la
suite d’une déclaration d’irresponsabilité pénale pour troubles mentaux et qui,
bénéficiant d’une sortie d’essai, ne sont plus suivies par les équipes de soins et les
établissements de santé responsables de leur prise en charge (proposition n°14 –
b).
Enfin, si la judiciarisation de l’ensemble de la procédure susdécrite d’hospitalisation
d'office est adoptée par la plupart des pays européens, cette solution n’a pas paru
opportune à la commission. Il lui semble en effet pertinent que le préfet reste
compétent pour ordonner les hospitalisations d'office après application de l’article
122-1, alinéa 1, du code pénal, compte tenu de ses attributions en matière de
protection de l’ordre public et de sûreté des personnes. En outre, cette décision doit
conserver un caractère sanitaire, l’instruction administrative du dossier étant réalisée
par la DDASS, dont les liens structurels étroits avec les services de psychiatrie
47
facilitent la mise en œuvre de l’hospitalisation au sein des établissements de santé
habilités.
L’HO, comme sa levée, doivent ainsi rester de la seule compétence du préfet, sous
réserve des pouvoirs propres dévolus par l’article L.3211-12 du code de la santé
publique au juge des libertés et de la détention83. Cependant, la commission estime
que de nouvelles attributions pourraient être confiées à ce magistrat, seul ou en
collégialité selon les décisions envisagées84, lui permettant de prononcer
d’éventuelles mesures de sûreté* après la sortie du patient de l’hôpital (proposition
n°15).
Ainsi, tirant par ailleurs les conclusions du manque d’harmonisation entre les règles
applicables aux décisions de sortie thérapeutique sous contrôle et définitive, la
commission recommande que la procédure suivante soit mise en œuvre lors de toute
demande de sortie :
- sursis à statuer ordonné par l’autorité préfectorale dès qu’une sortie d’HO du
patient est envisagée, suivi de la saisine, d’une part, de deux psychiatres
experts pour avis sur la sortie et sur la nécessité d’une évaluation de la
dangerosité de la personne et, d’autre part, du procureur de la République
quant à l’opportunité du prononcé de mesures de sûreté ;
- saisine immédiate par le procureur de la République, s’il l’estime opportun85,
du juge des libertés et de la détention, ou d’une juridiction collégiale
présidée par lui s’il envisage un placement en centre fermé de protection
sociale86. Le juge ou la juridiction disposerait alors d’un délai de deux mois
pour statuer sur l’opportunité de telles mesures ;
- possibilité pour le juge des libertés et de la détention ou la juridiction
collégiale présidée par lui de solliciter, avant de prendre sa décision, l’avis
83 En vertu de l’article L.3211-12 du code de la santé publique, une personne hospitalisée d’office peut
à tout moment solliciter sa sortie immédiate auprès du juge des libertés et de la détention du lieu de la
situation de l'établissement. Ce magistrat peut également se saisir d'office.
84 Infra II-C, pp. 70 et s..
85 Si ce magistrat n’estime pas utile de solliciter la mise en place d’une mesure de sûreté, il en informe
le préfet, qui demeure libre d’accorder ou de refuser la sortie de l’intéressé.
48
des équipes ressources interrégionales chargées, le cas échéant, d’évaluer
la dangerosité criminologique du patient hospitalisé. Cette consultation
serait obligatoire avant toute décision de placement dans un centre fermé de
protection sociale87 ;
- dans tous les cas, recueil de l’avis de la partie civile par le juge des libertés
et de la détention ou la juridiction collégiale présidée par lui ;
- en fonction de la dangerosité de la personne et de l’avis de la partie civile, le
juge des libertés et de la détention ou la juridiction collégiale présidée par lui
pourrait ordonner des mesures de sûreté88, applicables dès la levée de la
mesure d’hospitalisation d’office ou dès la mise en œuvre de la sortie
thérapeutique sous contrôle.
B – La prise en compte de la dangerosité au moment du choix, de l’exécution
et de l’aménagement de la peine
1 – La prise en compte de la dangerosité au moment du choix de la peine
Avant d’étudier les condamnations* qui semblent le mieux prendre en compte la
dangerosité des personnes poursuivies, il importe de rappeler que les juridictions
répressives peuvent assortir certaines peines* privatives de liberté d’une période de
sûreté*, durant laquelle le condamné estimé particulièrement dangereux ne peut
bénéficier d’aucune mesure d’individualisation de sa peine*89.
Cette mesure est applicable de plein droit pour les infractions particulièrement
graves90 lorsqu’une condamnation à un emprisonnement ferme d’une durée
supérieure ou égale à dix ans91 est prononcée.
86 Infra II-C, pp. 70 et s..
87 Infra. II-C-2-b, pp 76 et s..
88 Les mesures de sûreté pourront consister en un placement sous bracelet électronique, un suivi de
protection sociale ou un placement en centre fermé de protection sociale, voir infra. II-C, pp. 70 et s..
89 Article 132-23 du code pénal, infra II-B-3-b, p. 69.
90 Notamment les violences et homicides volontaires aggravés, les tortures et actes de barbarie.
91 Article 132-23, alinéas 1 et 2, du code pénal.
49
De manière plus générale, certaines peines ou modalités de peines paraissent
particulièrement adaptées aux personnes souffrant de troubles mentaux* et/ou
présentant un état de dangerosité, soit par une meilleure prise en considération de
l’éventuelle atténuation de leur responsabilité pénale (a), soit par l’imposition d’une
obligation de soins* (b) ou d’une injonction de soins* (c), soit par la création d’un délit
autonome spécifique (d).
a – Une meilleure intégration de l’atténuation de la responsabilité
pénale pour troubles mentaux dans le prononcé de la peine
La formulation même de l’article 122-1, alinéa 2, du code pénal traduit la volonté du
législateur de tirer les conséquences de l’atténuation de la responsabilité pénale en
diminuant la peine* prononcée : « La personne qui était atteinte, au moment des
faits, d’un trouble psychique ou neuropsychique* ayant altéré son discernement ou
entravé le contrôle de ses actes demeure punissable ; toutefois, la juridiction tient
compte de cette circonstance lorsqu’elle détermine la peine et en fixe le régime ».
Or, force est de remarquer que, dans certaines procédures criminelles où il est fait
application de l’alinéa précité, l’atténuation de responsabilité, subséquente à
l’altération du discernement constatée chez l’accusé*, ne se traduit guère par une
diminution de la peine* prononcée, mais au contraire par son aggravation.
Cette situation peut s’expliquer par la crainte du jury populaire de voir remis en
liberté à trop brève échéance des individus dont il présume qu’ils présentent un état
dangereux singulier, eu égard aux troubles dont ils souffrent.
Pourtant, il a été à plusieurs reprises souligné que les personnes atteintes de
troubles mentaux* sont présupposées à tort particulièrement dangereuses.
En outre, ce n’est pas le moindre des paradoxes que de constater que les individus
dont le discernement a été diminué puissent être plus sévèrement sanctionnés que
50
ceux dont on considère qu’ils étaient pleinement conscients de la portée de leurs
actes.
*
Au terme de ces réflexions, il est apparu nécessaire à la commission de mieux
encadrer les condamnations* prises en application du second alinéa de l’article 122-
1 du code pénal, afin que les décisions rendues prennent réellement en compte
l’altération du discernement du prévenu* ou de l’accusé dans le prononcé de la
peine*.
Certains pays voisins ont ainsi fait le choix, dans cette hypothèse, de prévoir des
réductions de peine* automatiques (Espagne), voire d’assortir systématiquement du
suivi socio-judiciaire* la sanction prononcée (Pays-Bas).
Toutefois, la commission n’a pas jugé opportun de procéder à une modification de la
législation française en ce sens, considérant que les juridictions de jugement doivent
pouvoir adapter leurs décisions à chaque cas d’espèce, sans être contraintes à
l’excès par des peines* ou des modalités de peines* automatiques.
Dès lors, elle estime plus pertinent, dans un premier temps et en matière criminelle,
de rappeler aux magistrats professionnels la nécessité d’informer les jurés sur les
principes fondateurs de l’article 122-1, alinéa 2, du code pénal (proposition n°16 –
a).
De surcroît, la commission considère qu’il est impératif que l’administration
pénitentiaire puisse mettre en œuvre ses missions générales de réinsertion sociale
du condamné et de prévention de la récidive* dès le début de l’exécution de la peine.
A ces fins, elle propose que le tribunal correctionnel ou la cour d'assises motive toute
condamnation à une peine d’emprisonnement ferme sur les modalités de détention
et de prise en charge les plus adaptées aux personnes dont le discernement a été
altéré.
51
Certes, des difficultés particulières d’application de cette préconisation peuvent se
poser en matière criminelle, le jury ne pouvant se déterminer que sur la base de
questions préalablement posées et la décision rendue ne devant pas être motivée.
La commission préconise donc que, lorsqu’une atténuation de la responsabilité
pénale de l’accusé est envisagée, une question supplémentaire relative aux
modalités de prise en charge de l’intéressé soit posée à la cour. Pour y répondre,
celle-ci pourra s’appuyer sur l’avis délivré par l’expert* psychiatre sur ce point92, mais
aussi sur tous les éléments de personnalité portés à sa connaissance lors de
l’instruction de l’affaire à l’audience (proposition n°16 – b).
Par ailleurs, pour ne pas contrevenir au principe de non-motivation des arrêts
criminels, la décision de la juridiction sur ces questions pourrait faire l’objet de
simples recommandations écrites, rédigées dans un bref délai par les magistrats
professionnels au vu des débats intervenus pendant le délibéré (proposition n°16 –
c).
b – La nécessité d’un avis médical préalable à l’exécution d’un sursis
avec mise à l'épreuve portant obligation de soins
Le sursis avec mise à l'épreuve* est une peine* applicable aux condamnations* à
l’emprisonnement prononcées pour une durée de cinq ans au plus, en répression
d’un crime ou d’un délit de droit commun93.
Le condamné est dispensé d'exécuter la peine privative de liberté qui a été assortie
du sursis avec mise à l'épreuve à la condition de se soumettre à certaines obligations
ou interdictions fixées par le tribunal correctionnel, la cour d’assises ou le juge de
l'application des peines pendant un délai d’épreuve déterminé, qui ne peut être
inférieur à dix-huit mois, ni supérieur à trois ans94.
92 Supra. I-B-2-b, pp. 28 et s..
93 Article 132-41 du code pénal.
94 Article 132-40 du code pénal. Le seuil plancher de dix-huit mois sera ramené à un an à compter du
31 décembre 2006.
52
Le contrôle du respect des mesures imposées est confié au juge de l'application des
peines, assisté en général du service pénitentiaire d’insertion et de probation* ; si le
condamné s’y soustrait, le sursis* prononcé peut être totalement ou partiellement
révoqué.
La juridiction de jugement ou le juge de l'application des peines peut prendre en
compte l’existence de troubles mentaux* en assortissant le sursis avec mise à
l'épreuve d’une obligation dite « de soins », emportant pour le condamné la nécessité
de se soumettre à des mesures d’examen médical, de traitement ou de soins, et ceci
même sous le régime de l’hospitalisation95.
*
L’obligation de soins* ne constitue pas une immixtion de l’autorité judiciaire dans le
champ sanitaire, puisque son contenu relève exclusivement du corps médical. Elle
est considérée comme respectée dès lors que le condamné a rencontré un médecin
et, le cas échéant, engagé le suivi estimé nécessaire par le praticien.
Pour autant, il apparaît pertinent que la mise en œuvre des obligations de soins soit
médicalement fondée. A défaut, ces mesures risquent d’être dépourvues de
conséquences pratiques et d’engendrer un décalage entre les attentes du juge de
l’application des peines, de la personne condamnée et du médecin responsable de la
prise en charge. Le rôle de ce dernier ne doit en effet pas se limiter à produire un
certificat attestant de l’existence de soins, sous peine d’être perçu comme la simple
caution d’une décision judiciaire.
95 Articles 132-45, 3ème alinéa, du code pénal et 739 du code de procédure pénale.
53
Quoique la dangerosité des individus multirécidivistes puisse apparaître manifeste
même en l’absence de certificat médical, la commission estime donc souhaitable que
l’exécution d’une mesure d’obligation de soins repose systématiquement sur un avis
médical préalable quant à son opportunité. Elle suggère donc une modification du
texte de l’article 132-45, 3°, du code pénal de la manière suivante : « Sur avis
médical, se soumettre à des mesures d’examen médical, de traitement ou de soins,
y compris sous le régime de l’hospitalisation » (proposition n°18 – b).
*
Enfin, dans la mesure où le sursis avec mise à l’épreuve participe d’une réelle
individualisation de la peine, la commission recommande que son prononcé, mixte
ou total, ne soit pas limité aux condamnations dont le quantum n’excède pas cinq
ans, mais soit au contraire étendu à celles comprises entre cinq et dix ans
d’emprisonnement. La durée de la mise à l’épreuve pourrait alors se trouver allongée
en conséquence et être comprise entre trois et cinq ans (proposition n°18 – a).
c – L’élargissement du champ d’application de la peine de suivi sociojudiciaire
La loi n°98-468 du 17 juin 1998 relative à la prévention et à la répression des
infractions sexuelles instaure une peine de suivi socio-judiciaire*, qui peut être
prononcée à titre complémentaire ou, en matière correctionnelle, à titre principal. Elle
est applicable aux auteurs des infractions limitativement énumérées à l’article 706-47
du code de procédure pénale96.
Elle vise à imposer au condamné l’obligation de se soumettre, sous le contrôle du
juge de l’application des peines et pendant une durée déterminée par la juridiction de
jugement, à des mesures de surveillance et d’assistance.
96 Infractions à caractère sexuel, à l’exception de l’exhibition, et meurtre ou assassinat d’un mineur
précédé ou accompagné d’un viol, de tortures ou d’actes de barbarie.
54
Le non-respect de ces obligations ou interdictions est sanctionné par l’exécution
d’une peine* d’emprisonnement dont le quantum, limité par la loi, est déterminé au
moment du prononcé de la condamnation* initiale97.
La durée maximale du suivi socio-judiciaire a été allongée par la loi n°2004-204 du 9
mars 2004 portant adaptation de la justice aux évolutions de la criminalité, qui prévoit
même la possibilité d’un suivi sans limitation de durée, en répression des crimes
punis de la réclusion criminelle à perpétuité.
.
Parmi les mesures de surveillance et d’assistance qui peuvent être imposées au
condamné dans le cadre du suivi socio-judiciaire figure l’ensemble des obligations et
interdictions prévues dans le cadre du sursis avec mise à l'épreuve*98, et plus
particulièrement l’obligation de soins*. En outre, des interdictions spécifiques ont été
instaurées99.
Par ailleurs, s’il est établi après une ou plusieurs expertises médicales que l’auteur
est susceptible de faire l’objet d’un traitement, une injonction de soins* peut être
prononcée, soit par la juridiction de jugement100, soit, après la condamnation initiale,
par le juge de l'application des peines101.
Toutefois, il convient de préciser que si aucun traitement ne peut être entrepris sans
le consentement de l’intéressé, un refus de ce dernier peut se traduire par la mise à
exécution de la peine d’emprisonnement fixée par la juridiction.
97 Articles 131-36-1 et suivants du code pénal.
98 Article 132-45 du code pénal.
99 Ces interdictions spécifiques, prévues à l’article 131-36-2 du code pénal, sont :
- s’abstenir de paraître en tout lieu ou toute catégorie de lieux spécialement désignée, et
notamment les lieux accueillant habituellement des mineurs ;
- s’abstenir de fréquenter ou d’entrer en relation avec certaines personnes ou certaines catégories
de personnes, et notamment des mineurs, à l’exception, le cas échéant, de ceux désignés par la
juridiction ;
- ne pas exercer une activité professionnelle ou bénévole impliquant un contact habituel avec des
mineurs.
100 Article 131-36-4 du code pénal.
101 Article 763-3 du code de procédure pénale.
55
Si la personne a été condamnée à un suivi socio-judiciaire avec injonction de soins,
en complément d’une peine d’emprisonnement, il est mis en œuvre à l’issue de
l’incarcération. Cependant, le condamné est informé qu’il peut commencer son
traitement pendant sa période de détention. Il est alors invité par le juge d’application
des peines à entreprendre des soins. Tout refus de sa part sera considéré par ce
magistrat comme la manifestation d’une volonté insuffisante de réadaptation sociale
et il ne pourra alors bénéficier de réductions de peines supplémentaires102.
L’innovation de ce dispositif est double. D’une part, l’autorité judiciaire ne peut
décider d’une injonction de soins qu’au vu d’une expertise psychiatrique préalable
concluant à l’accessibilité du condamné aux soins. D’autre part, la mise en œuvre de
cette injonction est confiée à un médecin dit « coordonnateur », chargé d’une
mission d’interface entre le juge d’application des peines et le médecin traitant103, et
désigné par ce magistrat sur une liste établie par le procureur de la République. Le
médecin coordonnateur invite le condamné à choisir un médecin traitant, qui
l’informe de toutes les difficultés survenues dans l’exécution du traitement, à charge
pour le médecin coordonnateur de prévenir le juge de l’application des peines ou le
conseiller d’insertion et de probation104.
.
Parmi les possibilités thérapeutiques envisagées dans le cadre d’une injonction de
soins, la question de la prescription de traitements freinateurs de la libido, appelés de
manière erronée « castration chimique », est souvent soulevée par l’opinion
publique.
Ces anti-androgènes constituent une modalité thérapeutique parmi d’autres : la prise
en charge des auteurs d’infractions sexuelles repose sur un éventail de soins et le
traitement doit être aussi diversifié que leurs troubles ou leurs personnalités sont
hétérogènes. Lorsqu’une injonction de soins est prononcée, il appartient donc au
médecin chargé du suivi, et à lui seul, de choisir le suivi médical le plus adéquat.
102 Article 721-1 du code de procédure pénale.
103 Article L.3711-1 et suivants du code de la santé publique.
56
En outre, la prescription de ces médicaments est soumise aux mêmes règles
déontologiques que tout autre traitement.
Sous réserve de ces précisions, l’intérêt des anti-androgènes est double : leur action
est rapide chez un individu qui affirme ne plus pouvoir maîtriser ses pulsions et son
comportement sexuels, et ils créent une situation favorable à l’impact d’une action
psychothérapique, qu’elle soit psychanalytique ou cognitivo-comportementale.
Ces prescriptions présentent néanmoins certaines limites. Les médicaments ne
disposent en effet, à l’heure actuelle, d’aucune autorisation de mise sur le marché
(A.M.M.) à ces fins et leur effet est uniquement symptomatique, sans incidence sur
l’orientation sexuelle ou sur les troubles sous-jacents de la personnalité*.
Aussi des études approfondies doivent-elles encore être réalisées pour mesurer
l’impact de cette prise en charge médicamenteuse. La Commission a ainsi noté
qu’une recherche doit débuter courant 2005 sous la direction scientifique de M.
Serge STOLERU (INSERM), aux fins de comparer l’efficacité de deux antiandrogènes
dans le traitement de la pédophilie. Les résultats de cette analyse sont
attendus pour 2007.
*
La commission tient à souligner le caractère novateur du dispositif de l’injonction de
soins, en ce qu’il permet de clarifier les fonctions et d’instaurer une meilleure
collaboration entre l’autorité judiciaire, l’expert* psychiatre et, par le biais du médecin
coordonnateur, le praticien assurant le suivi.
Force est toutefois de constater que la mise en œuvre de l’injonction de soins est
disparate en raison de l’implantation inégale des psychiatres sur le territoire national
et de la rareté des médecins disponibles. Peu de praticiens ont une compétence
spécifique dans le traitement des conduites sexuelles et semblent prêts à s’investir
dans le champ expertal, la coordination et les soins.
104 Article L.3711-3 du code de la santé publique.
57
Certes, le rapport rédigé par M. Claude BALIER en 1995, relatif à la prise en charge
des auteurs d’agressions sexuelles105, a contribué à rénover les pratiques dans cette
matière, à un moment où le nombre de personnes incarcérées pour ce motif
augmentait fortement106.
Pour autant, lorsque la commission d’une infraction à caractère sexuel est la
manifestation d’une pathologie mentale, celle-ci a le plus souvent trait à des troubles
graves de la personnalité. Or, il s’agit d’un champ clinique encore mal connu des
professionnels de la psychiatrie, tant sur le plan du diagnostic que sur celui des
modalités de prise en charge. Dans ces conditions, la demande de suivi médical
formulée par l’autorité judiciaire dans le cadre d’une injonction de soins constitue une
charge de travail supplémentaire, parfois vécue par les praticiens comme indue. Il
est donc nécessaire que cette mission, qui suppose le volontariat, soit mieux
explicitée dans les formations, et que les pratiques soient mieux encadrées.
Par ailleurs, la mise en œuvre d’une peine aussi spécifique que le suivi sociojudiciaire,
tant en termes de durée que de coordinations entre les différents acteurs,
nécessite que les juges de l’application des peines et les conseillers d’insertion et de
probation soient en nombre suffisant. Or, les tribunaux souffrent actuellement d’une
pénurie de moyens107 qui a pu, à juste titre, décourager certaines juridictions
d’ordonner des suivis socio-judiciaires qui resteraient inappliqués108.
Afin de susciter des vocations chez l’ensemble des professionnels concernés, le plan
« Psychiatrie et santé mentale », présenté le 20 avril 2005 par M. Philippe DOUSTEBLAZY,
ministre de la Santé, prévoit la création, en trois ans, de cinq centres
référents interrégionaux sur les agressions sexuelles, dits « centres ressources »,
ayant pour objectifs l’amélioration et la diffusion des connaissances et compétences
auprès de l’ensemble des psychiatres et psychologues, grâce à des actions de
105 Rapport du groupe de travail Santé et Justice présidé par Claude BALIER, Traitements et suivi
médical des auteurs de délits et crimes sexuels, 1995.
106 Supra I-A-1, pp. 14 et s..
107 Voir statistiques infra II-B-2, p.59.
108 Le nombre de peines de suivi socio-judiciaire prononcées par les juridictions est passé de 265 en
2000 à 795 en 2003, soit une augmentation de +200%. Au 1er janvier 2005, seuls 426 suivis sociojudiciaires
étaient en cours, voir annexe n°8 – Statistiques : les condamnations à une peine de suivi
socio-judiciaire, p. LXXVIII.
58
recherche, de formation et la mise en place de réseaux et de partenariats aux
niveaux local et national.
Dans le prolongement de ce projet, la commission recommande qu’il soit permis à
des psychologues titulaires d’un diplôme universitaire de troisième cycle en
psychologie clinique (DESS) d’assurer le suivi du condamné (proposition n°19 – a)
et que le médecin coordonnateur puisse intervenir à un niveau régional, et non
départemental (proposition n°19 – b).
Par ailleurs, s’il est souhaitable que chacun de ces médecins ne prenne pas en
charge plus de quinze personnes109, la commission estime que le manque d’effectifs
doit conduire, en cas de pénurie, à faire de ce seuil une simple recommandation, et
non une obligation réglementaire (proposition n°19 – c).
En outre, si le caractère novateur du suivi socio-judiciaire a pu inciter le législateur à
limiter prudemment son application aux infractions à caractère essentiellement
sexuel, la commission considère qu’il pourrait aujourd’hui être utilement étendu,
d’une part, en matière d’injonction de soins, à toutes les personnes souffrant de
troubles mentaux* en lien avec l’infraction commise et, d’autre part, pour les autres
mesures de surveillance et d’assistance, à tous les auteurs présentant un état de
dangerosité criminologique (proposition n°20). Ainsi, ces deux nouvelles catégories
de condamnés pourraient bénéficier, à l’issue de leur emprisonnement, de
l’ensemble des mesures prévues par cette peine*.
d – La création d’une peine complémentaire d’interdiction d’entrer en
relation avec certaines personnes, de paraître en certains lieux et de
détenir ou porter une arme
En vue d’une meilleure protection des victimes et dès lors qu’une juridiction aura la
conviction de la dangerosité criminologique d’un prévenu* ou d’un accusé*, la
commission recommande qu’une peine complémentaire* nouvelle puisse être
prononcée, consistant à interdire au condamné, dès qu’il aura recouvré la liberté,
109 Nombre fixé par un arrêté du ministre chargé de la Santé du 7 mars 2001, article R.3711-8 du code
de la santé publique.
59
d’entrer en relation avec certaines personnes, de paraître en certains lieux et/ou de
détenir ou porter une arme, que cette dernière soit ou non soumise à autorisation.
Ces interdictions pourraient être modifiées par le juge de l'application des peines
chargé du suivi de la mesure, selon les modalités prévues à l’article 712-6 du code
de procédure pénale.
Le non-respect de ces interdictions pourrait en outre être constitutif d’un délit
autonome, dont le quantum de la peine encourue devrait être de l’ordre de cinq à dix
ans d’emprisonnement pour être suffisamment dissuasif (proposition n°21).
2 – La prise en compte de la dangerosité au moment de l’exécution de la
peine
La prise en compte de l’éventuelle dangerosité des condamnés au moment de
l’exécution, comme de l’aménagement de leur peine* nécessite que certaines
conditions soient remplies.
En premier lieu, seuls 240 juges de l’application des peines110 et 1.881 travailleurs
sociaux de l’administration pénitentiaire111 sont actuellement chargés de suivre
125.437 personnes et 138.855 mesures en milieu ouvert112 et environ 61.000
écrous113.
Or, comme l’ont souligné tant le rapport de M. Jean-Luc WARSMANN114, que celui
de la commission des lois de l’Assemblée nationale sur la prévention de la
récidive*115, sans un nombre suffisant de professionnels, aucun suivi efficace des
peines alternatives à la détention, aucune préparation des détenus* à la sortie de
110 Chiffres au 1er janvier 2005, répartis de la manière suivante : 93 vice-présidents chargés des
fonctions de juge de l'application des peines et 147 juges de l'application des peines.
111 Chiffres des effectifs réels, au 1er janvier 2005, répartis de la manière suivante : 137 chefs de
service (sur 215 postes budgétaires) et 1.744 conseillers d’insertion et de probation (sur 2.057 postes
budgétaires).
112 Chiffres au 1er janvier 2005.
113 Moyenne pour l’année 2004.
114 Rapport de la mission parlementaire auprès de M. Dominique PERBEN, garde des Sceaux,
ministre de la Justice, confiée à M. Jean-Luc WARSMANN, député des Ardennes, 28 avril 2003.
115 Rapport d’information de la commission des lois constitutionnelles, de la législation et de
l’administration générale de la République, op. cit.
60
prison, ni aucun aménagement de peine ne seront possibles ou, en tout cas, ne
constitueront un gage satisfaisant de prévention de la récidive*.
La commission tient donc à affirmer qu’afin d’assurer le suivi des auteurs
d’infractions pénales présentant une dangerosité, il est impératif que le nombre de
juges de l’application des peines et de conseillers d’insertion et de probation soit
augmenté (proposition n°22 – a).
En second lieu, il est essentiel de renforcer, aux mêmes fins, l’articulation entre les
professionnels des institutions judiciaires, pénitentiaires et sanitaires (équipes de
soins et établissements de santé).
Ainsi, des conventions bipartites et des réseaux « santé-justice » formalisés
pourraient être instaurés au niveau territorial le plus approprié (départemental ou
régional), pour mieux prendre en charge les personnes sous main de justice
(proposition n°12 – a).
Les équipes ressources interrégionales préconisées précédemment116
constitueraient, par leur caractère pluridisciplinaire, un soutien à ces réseaux.
a – En milieu ouvert
Sont exécutées en milieu ouvert les peines* et mesures dites « restrictives de
liberté » comme le sursis avec mise à l’épreuve*, le suivi socio-judiciaire*,
l’interdiction de séjour et la libération conditionnelle*.
La prise en compte de l’éventuelle dangerosité des condamnés en milieu ouvert
concerne tous les professionnels intervenant dans l’exécution de la peine : le
parquet, le juge d’application des peines, le service pénitentiaire d’insertion et de
probation* (SPIP), les associations œuvrant à la réinsertion et les équipes de soins,
si une obligation de soins* ou une injonction de soins* a été ordonnée.
*
61
Le SPIP est un service déconcentré de l’administration pénitentiaire à l’échelon
départemental. Composé de travailleurs sociaux, il est chargé d’exécuter, sur saisine
des autorités judiciaires, les mesures en milieu ouvert, de suivre les condamnés à
une peine d’emprisonnement, et de mettre en œuvre la mission générale d’insertion
et de prévention de la récidive* de l’administration pénitentiaire.
Ce service exerce donc un double mandat, dont l’équilibre doit être préservé : un
mandat judiciaire, en vertu duquel il contrôle les obligations issues de la
condamnation*, et un mandat social, au titre duquel il doit préserver ou recréer le lien
social, par la recherche de relais extérieurs pour assurer, notamment, l’accès à la
santé, à l’hébergement, au travail ou à la formation.
Aussi doit-il être rappelé qu’il est indispensable de renforcer les effectifs des SPIP*
pour permettre un vrai travail social, impliquant une prise en charge rapide, comme
un suivi régulier des personnes, au moins hebdomadaire pour les plus dangereuses,
et non uniquement trimestriel ou semestriel comme cela est parfois pratiqué.
En outre, le renforcement des SPIP par des emplois ou des vacations de
psychologues constituerait pour les professionnels qui les composent une aide en
matière de supervision et de régulation face aux difficultés pouvant survenir dans le
suivi117.
*
Une collaboration étroite entre les différents professionnels précités est
particulièrement indiquée pour prendre en charge des patients qui associent une
dangerosité psychiatrique et des facteurs de dangerosité criminologique. Elle
favorise la continuité des soins et permet d’associer et de concilier les réponses
sanitaires et sociales.
116 Supra. I-C-4, pp. 35-36.
117 Voir supra p. 60, proposition n°22 – a.
62
Ainsi, la commission recommande que ce type de patients ne soit pas pris en charge
par une filière spécialisée de la psychiatrie, mais par des équipes oeuvrant en réseau
(proposition n°12 – b). Il importe de préciser que les patients demeurent libres de
choisir un praticien extérieur à ce dernier.
Plus particulièrement, la commission estime que la compétence spécifique des
unités pour malades difficiles (UMD) dans la prise en compte de la dangerosité
psychiatrique doit être mise à profit, afin, le cas échant, que ces services puissent
évaluer tant l’état mental du patient, que la situation qui a favorisé le passage à l’acte
violent (proposition n°12 – c).
b – En milieu fermé
Depuis la loi n°94-43 du 18 janvier 1994 relative à la santé publique et à la protection
sociale, la prise en charge psychiatrique des personnes détenues* incombe au
service public hospitalier. Les soins ambulatoires courants sont prodigués dans la
majorité des établissements pénitentiaires* par des équipes des secteurs de
psychiatrie générale, des services médico-psychologiques régionaux (SMPR)
assurant des soins plus intensifs sont implantés dans 26 établissements. Chaque
structure assure en outre, avec leur consentement, l’hospitalisation des personnes
écrouées dans le ressort d’un secteur de psychiatrie couvert par le SMPR. Lorsque
les troubles mentaux* relèvent de l’article L.3213-1 précité, les détenus* concernés
sont hospitalisés d’office au sein des établissements de santé, en application de
l’article D.398 du code de procédure pénale.
*
Le rapport conjoint IGSJ–IGAS précité, du mois de juin 2001 et relatif à l’évaluation
de l’organisation des soins aux détenus, considère que le dispositif de soins en
milieu pénitentiaire présente des lacunes dans le traitement des troubles mentaux118,
et que la place croissante de ceux-ci impose que des améliorations soient apportées.
63
Les inspecteurs regrettent notamment que les services médico-psychologiques
régionaux (SMPR) soient exclusivement implantés, à l’exception de deux d’entre
eux, dans les grandes maisons d’arrêt*, et non pas dans les établissements pour
peines*, et que trois régions119 et un département d’outre-mer120 en soient
dépourvus.
Le rapport déplore également que les SMPR ne remplissent que trop rarement leur
rôle régional et « traitent d’abord les détenus* malades de leur établissement aux
dépens de ceux des autres établissements ».
L’IGSJ et l’IGAS font par ailleurs valoir qu’il existe une grande inégalité des moyens
psychiatriques affectés à des établissements de même catégorie, sans que cela
corresponde à une disparité de besoins.
Les inspecteurs ajoutent qu’aucune véritable hospitalisation complète n’est mise en
œuvre dans les cellules d’hébergement des SMPR, celles-ci n’étant pourvues
d’aucun équipement hospitalier traditionnel, et le personnel soignant ne pouvant
intervenir librement la nuit121.
Enfin, les conditions du recours à l’hospitalisation psychiatrique sont critiquées, l’HO
apparaissant exclusive de tout autre mode d’hospitalisation et présentant un risque
important d’évasion dans la plupart des établissements, à l’exception des unités pour
malades difficiles (UMD) qui, de fait, exercent une fonction de « garde » au détriment
de leur vocation première122.
*
118 Rapport IGSJ/IGAS, op. cit., pp. 70 et s. (Chapitre III).
119 L’Auvergne, la Franche-Comté et le Limousin.
120 La Guyane.
121 Le personnel soignant est absent la nuit dans vingt-quatre SMPR et, dans deux SMPR, ne peut
accéder aux cellules en urgence sans l’aide extérieure d’un surveillant.
122 L’arrêté du 14 octobre 1986 relatif au règlement intérieur type des unités pour malades difficiles
précise que les UMD prennent en charge des patients qui présentent pour autrui un danger certain et
imminent tel qu’ils nécessitent des protocoles thérapeutiques adaptés et des mesures de sécurité
particulières, et ne peuvent demeurer dans une unité de soins classique. Les patients sont tous
hospitalisés sous le régime de l’hospitalisation d’office.
64
Certes, la commission constate que la création, par la loi n°2002-1138 du 9
septembre 2002 d’orientation et de programmation pour la justice, des unités
hospitalières spécialement aménagées (UHSA), constitue un progrès incontestable,
qui s’inscrit dans le prolongement des recommandations des inspecteurs.
Ces nouvelles structures, conçues sur le modèle des unités hospitalières sécurisées
interrégionales (UHSI)123, permettront d’hospitaliser dans un établissement
pénitentiaire des détenus présentant des pathologies mentales ne pouvant être
traitées en ambulatoire, dans des conditions de sécurité et de santé satisfaisantes, et
pour des courts ou des moyens séjours adaptés à l’état psychiatrique du patient et à
son évolution.
Le plan « Psychiatrie et santé mentale » précité124 prévoit la mise en œuvre d’un
programme portant création, à terme, de 705 lits répartis entre dix-neuf UHSA, avec,
dans un premier temps, environ 300 lits sur le ressort de trois régions125.
Cette première étape permettra la prise en charge hospitalière psychiatrique de 40%
de la population pénale concernée au plan national, et répondra en outre aux
besoins d'hospitalisation des personnes détenues dans l'ensemble des maisons
centrales*.
Le calendrier prévisionnel fixe le choix des sites et envisage de débuter les études
préliminaires en 2005, les études de programmation, les concours, la conception et
le démarrage des travaux en 2006-2008 et la construction et l’ouverture des unités
en 2009.
Toutefois, la commission tient à souligner l’importance de prendre en compte la carte
sanitaire, et notamment la densité démographique des psychiatres, dans
l’implantation prochaine de nouveaux établissements pénitentiaires* dans le cadre du
programme « 13.200 places ». A défaut, il serait opportun que la planification
123 Les UHSI ont vocation à prendre en charge les détenus souffrant de troubles d’ordre somatique.
124 Supra II-B-1-c, pp. 53 et s..
125 Deux UHSA en Ile-de-France, une UHSA dans le Nord-Pas-de-Calais et la Picardie, et une UHSA
de 75 lits en Provence-Alpes–Côte-d'Azur et en Corse.
65
sanitaire puisse rapidement être adaptée, afin de faire face aux besoins nouveaux
qui ne manqueront pas d’apparaître.
.
Concernant les autres aspects du dispositif actuel de prise en charge psychiatrique
des détenus, et en l’état des informations communiquées à la commission, le constat
effectué par la mission d’inspection IGSJ-IGAS demeure malheureusement
d’actualité sur nombre de points.
Ainsi, le nombre de services médico-psychologiques régionaux n’a pas augmenté et
les moyens en personnels n’ont guère été redéployés, alors que la population pénale
a crû de 26% depuis 2001.
La commission estime également que le rôle régional des SMPR mériterait
également d’être soutenu, amplifié et évalué périodiquement.
En outre, elle tient à rappeler l’insuffisance globale des moyens des services de
psychiatrie au regard des besoins des personnes détenues. Il pourrait sur ce point
être envisagé des mesures incitatives spécifiques (statutaires, financières,
recherche, enseignement, etc.) favorisant l’intervention des professionnels de santé
en milieu pénitentiaire, afin de susciter des candidatures nouvelles et d’attirer des
praticiens dans les zones géographiques d’implantation des établissements
pénitentiaires les plus défavorisées sur le plan de la densité médicale (proposition
n°5 – c).
Pour autant, la commission est consciente que, malgré l’augmentation prévisible de
la population pénale, la perspective de la création d’un SMPR par établissement
pénitentiaire n’est guère réaliste. De plus, la dispersion de détenus dangereux dans
tous les établissements pénitentiaires supposerait de doter chacun d’eux d’effectifs
très importants, tant en personnels pénitentiaires (surveillants et conseillers
d’insertion et de probation) que sanitaires (pour ceux nécessitant des soins).
66
Inversement, la commission ne souhaite pas la création de nouveaux lieux
accueillant spécifiquement des personnes détenues évaluées comme dangereuses
sur le plan psychiatrique, en raison de l’inadaptation de telles structures à une prise
en charge sanitaire adéquate.
Ainsi, elle considère plutôt que le parcours et la personnalité d’un détenu condamné
peuvent nécessiter, à un moment donné, une prise en charge particulière impliquant
des moyens renforcés, soit uniquement pénitentiaires en cas de dangerosité
criminologique, soit à la fois pénitentiaires et sanitaires, en cas de dangerosités
psychiatrique et criminologique.
La commission recommande donc l’élaboration, à l’issue d’un passage dans l’un des
Centres régionaux d’observation précités126, et sous réserve d’une estimation des
moyens humains et matériels nécessaires, de projets de prise en charge confiés, au
sein de chaque région pénitentiaire, aux équipes d’un ou plusieurs établissement(s)
pour peine (proposition n°3 – b).
Ces projets supposeraient l’édiction d’un protocole en fixant les objectifs et prévoyant
des évaluations périodiques. Afin d’éviter toute stigmatisation et tout isolement
social, le séjour du détenu* serait organisé pour une durée limitée.
3 – La prise en compte de la dangerosité au moment de l’aménagement de la
peine
a – L’état du droit
Aux termes de l’article 707, alinéas 2 et 3, du code de procédure pénale :
« L’exécution des peines* favorise, dans le respect des intérêts de la
société et des droits des victimes, l’insertion ou la réinsertion des
condamnés ainsi que la prévention de la récidive*.
126 Supra I-A-2-a, pp. 17 et s..
67
A cette fin, les peines peuvent être aménagées en cours d’exécution pour
tenir compte de l’évolution de la personnalité et de la situation du
condamné. L’individualisation des peines doit, chaque fois que cela est
possible, permettre le retour progressif du condamné à la liberté et éviter
une remise en liberté sans aucune forme de suivi judiciaire ».
Pour éviter la désocialisation des personnes condamnées en tenant compte de leur
situation individuelle, les courtes peines d’emprisonnement peuvent également être
aménagées préalablement à leur mise à exécution par le juge de l'application des
peines, voire par la juridiction de jugement en ce qui concerne l’octroi d’une semiliberté*,
d’un placement à l’extérieur* ou sous surveillance électronique*.
*
Aux côtés de ce dispositif global, la loi du 9 mars 2004 précitée a créé une nouvelle
procédure destinée à favoriser l’individualisation des fins de peine de prison.
Pour les condamnations* comprises entre six mois et deux ans d’emprisonnement,
elle est applicable aux détenus* dont le reliquat de peine est de trois mois au plus et,
pour les condamnations comprises entre deux et cinq ans d’emprisonnement, à ceux
dont le reliquat de peine est de six mois au plus.
Le directeur du service pénitentiaire d’insertion et de probation* peut proposer
d’office au juge de l'application des peines que la fin de la peine soit exécutée en
semi-liberté, en placement à l’extérieur ou sous surveillance électronique.
Le magistrat décide alors d’homologuer ou de refuser cette proposition.
*
La loi du 9 mars 2004 a également instauré, depuis le 1er janvier 2005, le crédit de
réductions de peine.
68
Ce dispositif prévoit que les réductions de peine, jusque là consenties en raison de la
bonne conduite du condamné127, sont désormais déduites a priori de
l’emprisonnement restant à effectuer128.
Cependant, une fois l’intéressé élargi, toute nouvelle infraction commise pendant une
période égale à la durée du crédit de réductions de peine obtenu pourra entraîner
l’incarcération de la personne pour un laps de temps équivalent, en sus de
l’éventuelle condamnation* prononcée consécutivement aux nouveaux faits
perpétrés.
En permettant au détenu* de connaître, dès son arrivée en prison, sa date
prévisionnelle de sortie, le crédit de peine confère aux travailleurs sociaux des bases
sûres pour orienter l’accompagnement du condamné. En outre, celui-ci est incité à
un meilleur comportement en milieu fermé et est mieux à même de se projeter dans
l’avenir si une échéance précise est connue de lui. Enfin, ce dispositif, fondé sur la
responsabilisation de l’individu, est dissuasif et, de ce fait, contribue à prévenir la
réitération* et la récidive*.
*
Il y a lieu d’ajouter que les permissions de sortir éventuellement accordées par le
juge de l'application des peines peuvent constituer un bon moyen d’évaluer la
capacité du détenu à se réinsérer, tant sur le plan professionnel, familial que social.
127 On rappellera ici qu’une bonne conduite en milieu carcéral ne signifie pas nécessairement que
l’individu ne présentera pas de dangerosité en milieu libre, voir supra Introduction, pp. 4 et s..
128 Pouvant aller jusqu’à trois mois la première année, puis deux mois les années suivantes, hors
réductions de peine supplémentaires et décrets de grâces.
69
b – Individualisation des peines privatives de liberté et prévention de la
récidive
De manière générale, il apparaît clairement à la commission que la mise en œuvre,
dès la sortie de prison, de mesures d’individualisation des peines* privatives de
liberté, participe de la prévention de la réitération* et de la récidive*, en ce qu’elle
évite les « libérations sèches », c’est-à-dire le passage direct de la détention à la
liberté.
En effet, les aménagements de peine tels que la semi-liberté*, le placement à
l’extérieur* ou sous surveillance électronique* et la libération conditionnelle*, sont
accordés aux condamnés qui manifestent des efforts sérieux de réinsertion sociale.
A ces fins ils doivent justifier, par exemple, d’un emploi ou d’une recherche active
d’emploi, d’un domicile, d’une indemnisation des victimes, d’une participation
essentielle à la vie de famille et/ou d’un suivi médical. Ces aménagements
permettent d’imposer aux condamnés le respect de mesures de contrôle et
d’obligations particulières, adaptées à leur personnalité et aux faits commis.
La dangerosité de l’individu peut ainsi être prise en compte par l’imposition,
notamment, d’une d’interdiction d’entrer en relation avec les victimes, de paraître en
des lieux déterminés, de détenir ou porter une arme, ou d’une obligation de soins*.
Toutefois, comme cela a été souligné à plusieurs reprises, le recours à
l’individualisation des peines ne saurait contribuer de manière effective à la
prévention de la réitération et de la récidive qu’à la condition de voir les moyens mis
à la disposition des juges de l'application des peines et des travailleurs sociaux
augmentés et mieux articulés, au stade de la préparation à la sortie comme du suivi
des mesures ordonnées.
c – Les propositions de la commission
Les équipes ressources interrégionales, dont la création a été préalablement
recommandée, devraient jouer un rôle charnière dans la détection de la dangerosité
des individus pour lesquels un aménagement de peine* est envisagé, comme dans
70
la coordination entre les différents professionnels concernés par le suivi de la
mesure129.
Par ailleurs, si l’ensemble de la commission s’associe à la proposition du rapport
d’information rendu par la commission des lois de l’Assemblée nationale le 7 juillet
2004130 sur la nécessaire augmentation du nombre des juges de l’application des
peines, certains de ses membres ont estimé qu’il serait préférable que ne soient
affectés à ces fonctions délicates que des magistrats expérimentés. Cette
recommandation apparaît d’autant plus importante dans les ressorts comportant une
maison centrale* (proposition n°22 – c).
Enfin, il conviendrait que les difficultés rencontrées par les juges de l'application des
peines dans l’exercice de leurs fonctions soient reconnues par les chefs de
juridiction, afin qu’ils puissent exercer la plénitude de leurs attributions en disposant
des moyens appropriés, et notamment d’un réel secrétariat-greffe (proposition n°22
– b).
C – La prise en compte de la dangerosité par un suivi postérieur à l’exécution
de la peine
L’existence même de réitérations* et de récidives* atteste que la remise en liberté
d’un individu, ayant purgé une peine* d’emprisonnement ou fait l’objet d’une
hospitalisation d’office après application du premier alinéa de l’article 122-1 du code
pénal, n’implique pas pour autant la disparition de toute forme de dangerosité
criminologique chez cette personne.
Considérant qu’un enfermement à vie en milieu pénitentiaire, comme hospitalier, ne
saurait être envisageable, la commission estime qu’une forme de troisième voie doit
être trouvée.
129 Voir proposition n°11, supra I-C-4, p. 35.
130 Rapport d’information de la commission des lois constitutionnelles, de la législation et de
l’administration générale de la République, op. cit.
71
Ainsi, l’autorité judiciaire devrait avoir la possibilité de prévenir la perpétration de
nouvelles infractions en prononçant des mesures susceptibles d’être mises en œuvre
en raison de la dangerosité avérée de l’individu, à l’issue de l’exécution de sa peine*
ou de l’hospitalisation d'office ordonnée sur le fondement précité.
Ces mesures, dites de « sûreté », seraient donc d’une nature différente de la
peine131.
En effet, la peine est une sanction édictée par la loi et prononcée par une juridiction
pénale, et dont l’objectif est de réprimer la commission d’une infraction et de prévenir
toute récidive.
Imposée dans un but de défense sociale par les magistrats, la mesure de sûreté* est
quant à elle dépourvue de tout but répressif. Elle est destinée à prévenir le risque de
réitération ou de récidive grâce à la resocialisation de la personne, sa soumission à
un traitement, etc..
La commission recommande l’instauration de plusieurs mesures de sûreté, en milieu
ouvert comme en milieu fermé.
1 – Les mesures de sûreté en milieu ouvert
a – Le placement sous surveillance électronique à titre de mesure de
sûreté
Dans leur rédaction actuelle, le code pénal et le code de procédure pénale
permettent, sous certaines conditions, le placement sous surveillance électronique*
d’un individu.
131 La distinction entre ces deux notions, qui avait été clairement faite par l’école positiviste à la fin du
XIXème siècle, a été brouillée par le législateur et le juge, au fil des réformes qui ont créé l’interdiction
de séjour, les déchéances professionnelles, la suspension du permis de conduire ou l’interdiction de
se représenter à l’examen, etc.. Ces diverses incapacités ou mesures préventives ont souvent été
présentées comme des peines, notamment de substitution à l’emprisonnement, alors qu’il s’agit en
réalité de mesures de sûreté que l’on a évité d’appeler par leur nom.
72
Concrètement, un émetteur électronique mobile est attaché à la cheville ou au
poignet de l’intéressé, qui ne peut s’éloigner de son domicile à certaines heures de la
journée, sous peine de déclencher une alarme contrôlée par l’administration
pénitentiaire.
La pose d’un bracelet électronique est décidée à l’issue d’une enquête de faisabilité
menée par un travailleur social132 et peut intervenir à différents stades de la
procédure : au cours de l’instruction dans le cadre d’un contrôle judiciaire du mis en
examen133, lors du prononcé de la peine*, par la juridiction de jugement, pour toute
condamnation* inférieure ou égale à un an d’emprisonnement134, ou bien encore au
moment de son aménagement, sur décision du juge de l'application des peines
lorsque le reliquat de l’emprisonnement à effectuer est inférieur ou égal à un an135.
Le non-respect du placement sous surveillance électronique est assimilé à une
évasion136.
Au 1er mars 2005, 4.968 condamnés avaient été placés sous bracelet électronique
depuis l’année 2000, et seulement 247 d’entre eux avaient ultérieurement fait l’objet
d’une décision de retrait de la mesure, dont 20 pour manquement aux horaires
d’assignation à domicile.
A cette même date, 779 condamnés exécutaient leur peine sous ce régime, chiffre
susceptible de progresser significativement à l’avenir, puisque le financement de
3.000 bracelets a été prévu par la loi précitée d’orientation et de programmation pour
la justice.
*
132 En particulier sur l’existence d’une ligne téléphonique et sur l’accord du propriétaire des lieux, si la
résidence désignée n’est pas le domicile du condamné.
133 Article 138 du code de procédure pénale.
134 Article 132-26-1 du code pénal.
135 Article 723-20 du code de procédure pénale.
136 Article 434-29 du code pénal.
73
Outre le dispositif susdécrit de surveillance électronique domiciliaire, les Etats-Unis
et la Grande-Bretagne ont mis en place un second système, plus contraignant pour
le condamné : le bracelet électronique associé à un émetteur GPS. Relié par satellite
au réseau informatique de l’autorité de surveillance, cet appareil améliore le suivi de
la personne en permettant notamment de savoir sur le champ si cette dernière tente
de s’approcher de lieux qui lui seraient interdits137.
Il serait, selon les pays qui l’expérimentent, particulièrement efficace à l’égard des
pédophiles.
Pour lutter efficacement contre les violences conjugales, l’Espagne envisagerait
même un équipement corrélatif de l’agresseur et de sa victime, tous deux porteurs
de bracelets-émetteurs.
Avant de recommander une éventuelle transposition dans notre pays de ces
dispositifs étrangers, une étude d’opportunité et d’impact, notamment financier,
paraît s’imposer. C’est d’ailleurs l’objectif assigné à la mission confiée par M. Jean-
Pierre RAFFARIN, premier ministre, à M. Georges FENECH, député du Rhône, qui a
rendu son rapport postérieurement à la fin des travaux de la présente commission.
*
En France, dans son fonctionnement actuel, la surveillance électronique pourrait
constituer une mesure de sûreté utile pour veiller à ce qu’une personne condamnée,
qui aurait exécuté l’intégralité de sa peine, mais qui serait toujours considérée
comme dangereuse sur un plan criminologique, reste à proximité du lieu qui lui a été
désigné comme résidence. Il s’agirait ainsi d’une mesure dissuasive (proposition
n°23 – a).
Il semble néanmoins essentiel à la commission d’encadrer le recours à un tel
placement pour s’assurer de son efficacité.
137 Ecoles, stades, jardins publics, etc. .
74
Ainsi, cette mesure de sûreté ne devrait pouvoir être ordonnée qu’avec le
consentement exprès de l’intéressé.
En outre, il ne saurait s’agir que d’un placement transitoire, compte tenu de la
difficulté pour les individus, constatée dans la pratique, à supporter le port d’un
bracelet électronique au-delà d’une période de l’ordre de six mois à un an. En tout
état de cause, la nécessité du maintien de la mesure devrait être réévaluée
périodiquement, en fonction de la persistance, ou non, de la dangerosité
criminologique de la personne.
Le prononcé de ce placement sous surveillance électronique pourrait en outre
utilement s’appuyer sur un avis médical, quant au principe même de cette mesure ou
de son renouvellement au regard de l’état psychologique de l’intéressé, et quant aux
modalités de mise en œuvre.
Le suivi de la mesure pourrait être confié aux services de police et de gendarmerie.
La violation des obligations auxquelles l’individu dangereux serait astreint
constituerait un délit autonome (proposition n°24).
Il convient enfin de préciser que la création du placement sous surveillance
électronique à titre de mesure de sûreté supposera une augmentation substantielle
des moyens humains et matériels et engendrera donc un coût financier non
négligeable.
b – Un suivi de protection sociale
La commission propose que le dispositif du suivi socio-judiciaire*138 puisse être
instauré à titre de mesure de sûreté* pour l’ensemble des auteurs d’infractions
présentant une dangerosité criminologique139. Toutefois, cette mesure étant
dépourvue de toute connotation pénale, il a paru préférable de la désigner sous une
138 Supra II- B- 1- c, pp. 53 et s..
139 Supra I, pp. 13 et s..
75
nouvelle terminologie, afin d’éviter toute confusion entre les différents cadres
procéduraux : le « suivi de protection sociale » (proposition n°23 – b).
Ce suivi pourrait ainsi permettre de prononcer, en sus de l’injonction de soins*,
ordonnée après expertise psychiatrique, les interdictions de paraître en certains
lieux, d’entrer en relation avec certaines personnes et de détenir ou porter une arme.
Le contrôle de l’exécution de la mesure pourrait être de la compétence des services
de la police, de la gendarmerie et de la DDASS, sous l’autorité du préfet.
La violation du suivi de protection sociale serait constitutive d’un délit autonome
(proposition n°24).
Il importe de noter que l’opportunité de créer cette nouvelle mesure sera également
subordonnée à une augmentation sensible des moyens humains destinés à sa mise
en œuvre.
2 – Une mesure de sûreté en milieu fermé : la création de centres fermés de
protection sociale
Pour être efficace, une mesure de sûreté* doit être adaptée à la personnalité et à la
dangerosité de l’individu qui en fait l’objet.
Ainsi, la mise en œuvre de mesures en milieu ouvert ne saurait suffire à protéger la
société des agissements des auteurs d’infractions pénales les plus dangereux.
C’est la raison pour laquelle, s’inspirant de dispositifs instaurés dans d’autres pays,
la commission a envisagé la création, en droit positif français, d’une mesure de
sûreté en milieu fermé.
76
a – L’exemple des pays étrangers
Certains pays voisins de la France, à l’image de l’Allemagne et des Pays-Bas, ont
depuis longtemps140 adopté dans leur législation des mesures d’enfermement
ordonnées à titre de mesure de sûreté par l’autorité judiciaire et destinées à contenir
des individus qui, bien qu’ayant purgé leur peine*, demeurent dangereux pour autrui.
Proportionnées à la gravité de l’infraction initialement commise, comme aux risques
de réitération* ou de récidive*, ces mesures peuvent prendre différentes formes.
Ainsi, en Allemagne, le condamné est tout d’abord maintenu en détention après
l’exécution de sa peine*, le temps nécessaire à la disparition de sa dangerosité141.
Ensuite, un placement automatique sous contrôle judiciaire lui est systématiquement
imposé, pendant une durée pouvant aller de deux à cinq ans.
Aux Pays-Bas, les individus dangereux sont susceptibles de faire l’objet d’un
placement dans un centre fermé relevant de l’administration pénitentiaire.
Par ailleurs, ces deux pays ont également mis en place des procédures similaires à
destination des auteurs d’infractions reconnus pénalement irresponsables pour
troubles mentaux*. Ces personnes peuvent se voir appliquer des mesures de sûreté,
exécutées, soit dans des établissements pénitentiaires* spécialisés (Pays-Bas), soit
dans des structures de soins adaptées (Allemagne, Pays-Bas). Bien que prononcées
potentiellement pour une durée illimitée, ces décisions font l’objet d’une révision
périodique par l’autorité judiciaire142.
b – La proposition de la commission
La France peut trouver dans les expériences étrangères précitées, qui n’ont jamais
été jugées contraires à la Convention européenne des droits de l’Homme, une
source d’inspiration intéressante pour créer une mesure de sûreté* en milieu fermé.
140 Depuis 1933 pour l’Allemagne et 1928 aux Pays-Bas.
141 Un projet de réforme prévoit la possibilité pour le tribunal d’ordonner cette mesure de sûreté en fin
de peine, alors même qu’il n’aurait pas réservé expressément sa décision sur ce point dans sa
condamnation initiale.
77
Certes, le regroupement en quelques établissements de personnes dangereuses qui
n’acceptent pas les règles minimales de vie en collectivité, poserait en particulier des
problèmes de sécurité publique qui, sans être insurmontables, devraient être
anticipés avec précision. Ainsi, la gestion d’individus enfermés pendant une longue
période n’est souvent rendue possible que parce qu’ils disposent d’occupations
(activités, travail, formation, etc.), d’une communauté de vie stable et de la possibilité
de conserver des liens avec leurs familles et leurs proches.
En outre, il importerait d’évaluer les moyens immobiliers, financiers et humains que
le parlement devrait voter spécifiquement, s’agissant d’établissements créés ex
nihilo.
*
Tout en étant consciente de ces réserves, la commission recommande qu’il soit
possible d’ordonner, exclusivement à l’encontre d’individus particulièrement
dangereux sur un plan criminologique et ayant commis des faits criminels d’une
gravité singulière, leur maintien dans une structure fermée, adaptée à leur état, à
l’issue de leur peine* ou d’une hospitalisation d'office prononcée après application de
l’article 122-1, alinéa 1, du code pénal (proposition n°23 – c).
Ces nouveaux établissements, qui ne seraient ni des hôpitaux, ni des prisons,
consisteraient en des lieux fermés et sécurisés d’hébergement, dotés d’équipes
spécialisées dans la prise en charge des individus dangereux. Ils pourraient être
dénommés « centres fermés de protection sociale » (CFPS), terminologie rejoignant
trois préoccupations majeures de la commission : l’absence de toute connotation
pénale, la mise à l’écart de la vie sociale et l’instauration d’un suivi des personnes
enfermées.
Ainsi, tout en garantissant la sécurité publique, un des objectifs de ces centres serait
de permettre aux personnes qui s’y trouvent placées d’accéder à des actions socio-
142 Annuellement en Allemagne et tous les deux ans aux Pays-Bas.
78
éducatives, de formation, culturelles et/ou sportives et, le cas échéant, à des soins,
sous la forme de conventions passées avec des structures de proximité.
La spécificité de cette mesure de sûreté, portant particulièrement atteinte à la liberté
individuelle, exigerait de prévoir des garanties procédurales supérieures à celles
proposées pour les mesures de sûreté en milieu ouvert, afin qu’elle n’apparaisse ni
arbitraire, ni contraire à la Constitution ou à la Convention européenne des droits de
l’Homme.
La décision de placement dans un CFPS pourrait ainsi être prise par une juridiction
collégiale présidée par le juge des libertés et de la détention, saisie par le parquet ou
le juge de l’application des peines. Elle pourrait également être ordonnée ab initio par
la juridiction de jugement ou la chambre spécialisée statuant en matière
d’imputabilité*.
L’audience devant cette juridiction devrait avoir lieu en présence du ministère public,
être contradictoire, et l’assistance d’un avocat serait obligatoire. La décision devrait
être susceptible de recours.
Aucun placement ne pourrait être décidé sans une évaluation de la dangerosité
criminologique de la personne par les équipes ressources interrégionales, afin,
notamment, de tenir compte de l’évolution de l’intéressé pendant sa détention ou son
hospitalisation d'office.
La durée initiale de la mesure ne devrait pas excéder un an, mais pourrait être
renouvelée, dans les mêmes conditions procédurales que son prononcé et sous
réserve que la dangerosité criminologique de la personne le nécessite.
La levée de la mesure pourrait être sollicitée tous les six mois par l’intéressé, auprès
d’une chambre spécialisée de la cour d’appel.
Toute sortie non autorisée de l’intéressé du CFPS dans lequel il a été placé serait
constitutive d’un délit autonome (proposition n°24).
79
Afin d’éviter toute confusion entre les CFPS et les prisons, il importerait en outre
qu’ils soient matériellement bien distincts des établissements pénitentiaires* et ne
soient pas gérés par cette administration. Il appartiendrait au législateur de
déterminer quels seraient les fonctionnaires les plus susceptibles de mener à bien
ces nouvelles missions.
Pour répondre au mieux à leur objet, ces structures devraient être réparties
harmonieusement à l’échelon interrégional et n’accueillir pas plus d’une vingtaine de
personnes chacune, pour des raisons sécuritaires évidentes.
Le personnel des CFPS devrait être spécialisé dans la prise en charge de toutes les
formes de dangerosités et bénéficier d’un statut privilégié, compte tenu de la difficulté
de sa mission.
Si les professionnels chargés de l’encadrement et de la surveillance pourraient être
rattachés en permanence à l’établissement, le suivi pluridisciplinaire des individus
devrait quant à lui être confié à des intervenants extérieurs à la structure.
*
Au terme de l’ensemble de ces observations, ce n’est qu’après une réflexion
approfondie que la majorité des membres de la commission a formulé cette
proposition, dont elle a mesuré le caractère exceptionnel au sein de notre arsenal
juridique et les difficultés non négligeables de mise en œuvre.
80
Conclusion :
Au terme de ce rapport, le groupe de travail ne peut qu’avoir conscience de la
modestie des propositions qu’il formule, au regard de l’importance des sujets qu’il
avait à traiter.
Il se trouvait placé au cœur d’une double exigence de notre société, qui se voudrait à
la fois abritée des actes criminels et autorisée à vivre en toute liberté.
Ne saurait être négligée la volonté manifeste de notre politique de santé publique
d’éviter, autant que faire se peut, l’enfermement des personnes souffrant de troubles
mentaux*, alors que nos concitoyens ne veulent pas subir les conséquences de cette
liberté.
C’est donc un chemin de crête étroit qu’a suivi la commission, afin de parvenir à
proposer des améliorations sensibles de notre sécurité, tout en restant en deçà des
frontières posées par la Convention européenne des droits de l’Homme. Dans le
même esprit, les propositions retenues se sont voulues respectueuses des traditions
culturelles de notre pays en matière d’humanisme ou de spécificités
professionnelles. Pour autant n’ont pas été oubliés certains exemples étrangers dont
la France, elle-même porteuse d’un esprit de novation unanimement reconnu,
pourrait heureusement s’inspirer.
C’est dire le réalisme dont ce rapport a tenté de faire preuve en évitant toute
proposition qui heurterait trop vivement notre sensibilité nationale.
Ce sont les seules limites que la commission a entendu donner à l’audace dont il lui
avait été demandé de faire preuve.
81
Récapitulatif des propositions de la commission
1 – Renforcement des formations initiale et continue :
a – communes aux professionnels de la justice et de la santé (I-C-2, p.) ;
b – en psychiatrie médico-légale (I-A-2-c, p.) ;
c – en psycho-criminologie (I-C-2, p.) ;
d – en alcoologie et toxicomanie (II, p.).
2 – Développement de la recherche sur :
a – l’évaluation de la dangerosité psychiatrique et de ses facteurs (I-A-2-b, p.) ;
b – le suivi de groupes d’auteurs d’infractions pénales (I-A-2-a, p.) ;
c – le suivi de groupes de criminels multirécidivistes (I-C-1, p.) ;
d – la psycho-criminologie : indicateurs, évaluation et modes de prise en charge
des individus présentant une dangerosité psycho-criminologique (I-C-1, p.) ;
e – l’impact, en termes de prévention de la récidive, des différentes peines
prononcées et des divers régimes de détention (I-A-2-a, p.) ;
f – les pratiques sur le thème de la dangerosité, des thérapeutiques possibles et
des acteurs, par l’organisation d’une conférence de consensus sur ce sujet (II,
p.).
3 – Amélioration de l’évaluation de la dangerosité des détenus :
a – création de Centres régionaux d’observation (I-A-2-a, p.) ;
b – élaboration de projets de prise en charge confiés, au sein de chaque région
pénitentiaire, aux équipes d’un ou plusieurs établissement(s) pour peine (II-B-
2-b, p.).
4 – Développement de l’analyse criminelle et de l’analyse comportementale dans le
respect de trois précautions essentielles : statut d’officier de police judiciaire de
l’analyste, nécessité d’un rapport écrit versé la procédure judiciaire, exclusion des
mis en examen et des témoins assistés pour l’analyse comportementale (I-A-2-a, p.).
82
5 – Renforcement du statut des experts psychiatres et des professionnels de santé :
a – augmentation sensible de la rémunération des experts psychiatres, incluant
le temps de présence aux audiences et le défraiement du travail de
secrétariat (I-B-1-b, p.) ;
b – instauration, dans le statut des praticiens hospitaliers, d’une demi-journée
d’intérêt public spécifique pour l’exercice des activités expertales (I-B-1-b, p.) ;
c – création de mesures incitatives spécifiques (statutaires, financières,
recherche, enseignement, etc.) pour les professionnels de santé intervenant
en milieu pénitentiaire (II-B-2-b, p.).
6 – Limitation du recours aux expertises psychiatriques :
a – mise en place d’un tutorat par les experts psychiatres inscrits sur les listes (IB-
1-b, p.) ;
b – pratique des examens médico-psychologiques des personnes gardées à vue
par le service des urgences des hôpitaux, avec délivrance d’un avis médical
sur la nécessité d’une hospitalisation d’office ou de soins immédiats, d’une
part, et d’une expertise psychiatrique ultérieure, d’autre part (I-B-2-a, p.).
7 – Modification des imprimés de mission-type des expertises psychiatriques
ordonnées après le jugement pénal par la reformulation ou l’ajout de questions :
a – en cas d’altération du discernement du sujet, sur les modalités de prise en
charge du détenu qui apparaissent les plus appropriées (I-B-2-b, p.) ;
b – sur l’état de dangerosité de la personne (I-B-2-b, p.).
8 – Organisation d’une conférence de consensus relative à l’établissement d’un
référentiel commun aux expertises pénales psychiatriques et psychologiques (I-B-2-
b, p.).
9 – Amélioration de l’outil statistique par la détermination d’indicateurs de la
dangerosité (I-A-1, p.).
10 – Instauration d’un Centre de documentation psycho-criminologique recensant
l’ensemble des expertises psychiatriques et psychologiques ordonnées par l’autorité
judiciaire, les évaluations réalisées par les équipes ressources interrégionales et les
83
hospitalisations d'office, uniquement lorsque ces dernières sont prononcées après
application de l’article 122-1, alinéa 1, du code pénal (I-C-3, p.).
11 – Création d’un réseau national d’équipes ressources interrégionales d’évaluation
de la dangerosité (I-C-4, p.).
12 – Amélioration du travail en réseau :
a – instauration de réseaux santé-justice à un niveau territorial pertinent,
départemental ou régional (II-B-2, p.) ;
b – développement des réseaux d’équipes de psychiatrie sur la prise en charge
des personnes présentant une dangerosité psychiatrique, associée à des
facteurs de dangerosité criminologique (II-B-2-a, p.) ;
c – développement de l’appui des unités pour malades difficiles aux services de
psychiatrie en termes de prise en charge de la dangerosité psychiatrique (II-B-
2-a, p.).
13 – Amélioration des imprécisions textuelles du code de la santé publique :
a – à l’article L.3213-8, remplacer le terme « décision » par « avis » (II-A-2-c, p.) ;
b – à l’article L.3213-7, substituer à l’expression les « autorités judiciaires » la
formulation suivante : « le procureur de la République ou le procureur général
près la cour d’appel » (II-A-2-c, p.) ;
c – à l’article L.3211-11, substituer à l’expression « sortie d’essai » la formulation
suivante : « sortie thérapeutique sous contrôle » (II-A-2-c, p.).
14 – Renforcement de la coordination entre les autorités préfectorale, judiciaire et
sanitaires après application de l’article 122-1, alinéa 1, du code pénal :
a – effectivité de l’information immédiate du préfet par l’autorité judiciaire en cas
de décision de non-lieu, de relaxe ou d’acquittement (II-A-2-c, p.) ;
b – meilleure articulation entre les différents acteurs pour l’inscription au fichier
des personnes recherchées des patients hospitalisés d’office et qui, se
trouvant en sortie thérapeutique sous contrôle, ne sont plus suivies par les
équipes de soins (II-A-2-c, p.) ;
84
c – information immédiate du préfet, par le parquet, de toute décision de
classement sans suite fondée sur l’irresponsabilité pénale pour troubles
mentaux* ou l’état mental déficient de la personne mise en cause (II-A-2-c, p.).
15 – Avant toute sortie thérapeutique sous contrôle ou définitive lors d’une
hospitalisation d’office après application de l’article 122-1, alinéa 1, du code pénal,
obligation pour l’autorité administrative de saisir le procureur de la République, à
charge pour lui de saisir à son tour le juge des libertés et de la détention ou une
juridiction collégiale présidée par ce dernier, quant à l’opportunité du prononcé de
mesures de sûreté : placement sous surveillance électronique, sous suivi de
protection sociale ou en Centre fermé de protection sociale (II-A-2-c, p.).
16 – Meilleure intégration de l’atténuation de la responsabilité pénale pour troubles
mentaux dans le prononcé de la peine en matière criminelle :
a – explication à l’attention des membres du jury, par les magistrats
professionnels de la cour d’assises, de ce que l’altération du discernement de
l’accusé doit en principe conduire à une diminution de la peine prononcée (IIB-
1-a, p.) ;
b – création d’une question supplémentaire posée au jury quant aux modalités
de prise en charge du condamné (II-B-1-a, p.) ;
c – rédaction par la cour d’assises de recommandations quant aux modalités de
prise en charge de l’intéressé (II-B-1-a, p.).
17 – Création d’une juridiction ad hoc statuant sur l’imputabilité des faits reprochés à
une personne déclarée pénalement irresponsable en application de l’article 122-1,
alinéa 1, du code pénal, ainsi que sur les intérêts civils et d’éventuelles mesures de
sûreté : placement sous surveillance électronique, sous suivi de protection sociale ou
en Centre fermé de protection sociale (II-A-1-c, p.).
85
18 – Amélioration de la peine de sursis avec mise à l’épreuve :
a – extension aux condamnations dont le quantum de la peine
d’emprisonnement excède cinq ans, sans dépasser dix ans, de la possibilité
de prononcer un sursis avec mise à l’épreuve et rallongement en
conséquence de la durée de la mise à l’épreuve, portée à cinq ans (II-B-1-b,
p.) ;
b – modification du texte de l’article 132-45, 3°, du code pénal pour rendre
obligatoire l’existence d’un avis médical préalable à l’exécution d’un sursis
avec mise à l'épreuve portant obligation de soins (II-B-1-b, p.).
19 –Facilitation de la mise en œuvre de l’injonction de soins dans le cadre du suivi
socio-judiciaire :
a – possibilité pour les psychologues titulaires d’un diplôme universitaire de
troisième cycle en psychologie clinique (DESS) d’assurer le suivi du
condamné (II-B-1-c, p.) ;
b – faculté pour les médecins coordonnateurs d’intervenir à un niveau régional,
et non départemental (II-B-1-c, p.) ;
c – en cas de pénurie, recommandation, sans caractère comminatoire, d’un seuil
maximum de quinze personnes suivies par chaque médecin coordonnateur (IIB-
1-c, p.).
20 – Possibilité d’étendre la peine de suivi socio-judiciaire à l’ensemble des auteurs
d’infractions présentant une dangerosité criminologique et, en matière d’injonction de
soins, aux personnes souffrant de troubles mentaux en lien avec les faits commis (IIB-
1-c, p.).
21 – Création d’une nouvelle peine complémentaire d’interdiction d’entrer en relation
avec certaines personnes, de paraître en certains lieux et de détenir ou porter une
arme, dont la violation serait constitutive d’un délit autonome (II-B-1-d, p.).
22 – Renforcement des juges de l’application des peines et de leurs moyens :
a – augmentation du nombre de juges de l'application des peines et des effectifs
des services pénitentiaires d’insertion et de probation, notamment par
l’intégration de psychologues au sein des équipes (II-B-2, p.) ;
86
b – amélioration de la reconnaissance de la fonction de juge de l'application des
peines par la mise à leur disposition de moyens appropriés, notamment d’un
réel secrétariat-greffe (II-B-3-c, p.) ;
c – affectation de magistrats expérimentés à ces fonctions, en particulier dans
les ressorts comportant une maison centrale (II-B-3-c, p.).
23 – Instauration de mesures de sûreté susceptibles d’être prononcées à l’encontre
d’individus présentant encore une dangerosité d’ordre criminologique après avoir
purgé leur peine ou être sortis d’une hospitalisation d'office ordonnée après
application de l’article 122-1, alinéa 1, du code pénal :
a – placement sous surveillance électronique (II-C-1-a, p.) ;
b – suivi de protection sociale pouvant emporter une injonction ou une obligation
de soins, l’interdiction de paraître en certains lieux et d’entrer en relation avec
certaines personnes et l’interdiction de détenir ou porter une arme (II-C-1-b,
p.) ;
c – placement en Centre fermé de protection sociale (II-C-2-b, p.).
24 – Création d’un délit autonome de violation du placement, à titre de mesure de
sûreté, sous surveillance électronique (II-C-1-a, p.), sous suivi de protection
sociale (II-C-1-b, p.) ou en Centre fermé de protection sociale (II-C-2-b, p.).
87
ANNEXES

Dernière modification : 20/07/2005